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Les Astronautes, 1959

Chris Marker, prophète de la délinéarisation

3 min
À retrouver dans l'émission

Quel est le point commun entre Proust, Malraux, Hitchcock et Marker? La fin du temps linéaire.

Les Astronautes, 1959
Les Astronautes, 1959 Crédits : ARGOS FILMS / ARCHIVES DU 7EME ART / PHOTO12 - AFP

Ce 3 mai, ce sont les 50 ans du début de l’occupation de la Sorbonne et des affrontements avec la police au quartier latin en 1968. Celui qui aura à la fois prophétisé et documenté les événements de Mai en France comme l’insurrection mondiale de 68, Chris Marker, est justement à l'honneur dans une exposition-événement qui s'ouvre à la Cinémathèque française. Mais ne nous y trompons pas, ce qui est donné à voir à la Cinémathèque tient de l’antidote à toute commémoration, c’est une leçon sur le temps. Sur ce que nous aurions à gagner à cesser de le considérer dans un rapport linéaire. 

Il n’y a pas l’avant et l’après, depuis lequel nous contemplons ce qui précède avant d’envisager l’avenir, mais une cohabitation des temps. C’était pour Chris Marker l’enjeu du XXème siècle, comme il l’écrit pour son film « Sans Soleil » en 1982. Au vrai, c’est encore l’enjeu du XXIème siècle tel que nous le voyons naître. 

A travers toutes les facettes de Chris Marker : écrivain, photographe, éditeur, voyageur, cinéaste, vidéaste, activiste, témoin, archiviste, informaticien, musicien et j’en passe, c’est cette question du temps et son corollaire le montage, qui éclaire la prolifération de ses tentatives formelles.

La Jetée, considérée comme son seul film de fiction, et œuvre la plus célèbre, est un peu le centre de cette spirale de recherches. Photo-roman selon le générique ou film-essai selon l’exégèse critique, La Jetée sort en 1962 et nous montre l’humanité au lendemain de la Troisième guerre mondiale, sur une Terre ravagée par la radioactivité. 

La Jetée plus qu’un film de science fiction est une cohabitation des temps. Cette histoire d’un homme envoyé dans le passé puis le futur pour y trouver des solutions au présent. Cet homme choisi parce ce qu’il se souvient d’une image qui est en réalité celle de sa propre mort. 

La mise en forme d’un temps non linéaire, voilà la quête de Marker. C’est celui en spirale du Vertigo d’Alfred Hitchcock qui le guide, mais aussi celui de Proust et de ses réminiscences, ou encore celui du télescopage du Musée imaginaire de Malraux. André Malraux autour duquel Marker conserve beaucoup de documentation, car pour eux deux, comme le souligne le catalogue de l’exposition « il s’agit de contracter et de synchroniser des temps hétérogènes, de lier étroitement souvenir et avenir ». 

Et qu’est ce son film Le fond de l’air est rouge en 1977 sinon cette exploration du temps de la révolution? Le bilan des 15 dernières années de luttes révolutionnaires prises dans le spectre de la révolution d’octobre 1917.

Ce temps non linéaire que cherche Chris Marker c'est bien le nôtre, celui de la révolution numérique - cette fois - que nous traversons. Et qu’il dessine déjà dans son CD Rom arborescent « Immemory », qu’il anticipe dans son installation « zapping zone » ou encore qu’il habite, à la fin de sa vie, dans son univers sur la plateforme virtuelle Second Life (qui ouvre cette exposition et ce n’est pas un hasard). Chris Marker, disparu en 2012, est bien le « voyant » qui nous manque aujourd’hui pour comprendre cet immense défi qu’on appelle la délinéarisation. 

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