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Kiosque à journaux à Paris

Presstalis, de la crise au scandale de la presse française

3 min
À retrouver dans l'émission

Comment le premier distributeur des journaux en France a enchaîné les bévues stratégiques, et mis en péril l’écosystème fragile de la presse.

Kiosque à journaux à Paris
Kiosque à journaux à Paris Crédits : Jason Langley - Getty

Presstalis, principal distributeur de journaux en France contrôle 75% du marché des titres de presse. Et à l’heure où s’accentue la nécessité de journaux libres et indépendants face à ce qu’Albert Camus appelait « les journaux d’argent », cette affaire nous concerne tous. De quoi s’agit-il ?

Presstalis au bord du gouffre a obtenu en mars dernier une opération de sauvetage à 190 millions d’euros impliquant de lourds versements des éditeurs de presse et de l'Etat. 2,25 % prélevés sur les ventes des journaux clients de Presstalis jusqu’en 2022, et un prêt sous la tutelle du ministère de la Culture qui s’élèverait à 90 millions d'euros. La société ayant déjà été sauvée de la faillite en 2012.   

Bien sûr, il y a ce contexte assassin : la vente au numéro de la presse a chuté de 50% en dix ans. En attendant une réforme de la Loi Bichet sur la distribution, qui se veut « dans le respect du pluralisme », il fallait donc, pour la démocratie même, sauver le soldat Presstalis. Le problème, c’est que le soldat en question, a fait n’importe quoi.   

Hier, le patron du journal Le Un et ex-directeur du Monde Eric Fottorino a demandé l'ouverture d'une enquête parlementaire sur le naufrage de Presstalis. Il appelle à faire toute la lumière sur « ce scandale français».  

Ce « scandale » tient dans la réponse à cette question : comment une entreprise privée qui affichait un équilibre retrouvé en 2013 peut afficher un trou de 300 millions d’euros 5 ans plus tard ? Obligeant l’Etat et les éditeurs de presse y compris les plus indépendants, donc les plus fragiles, à compenser le déficit. Le contexte général de la chute des ventes de la presse que j’évoquais plus haut ne suffit pas à expliquer la catastrophe, et c’est là que commence le scandale. 

Un grand spécialiste des médias, Philippe Kieffer, livre les conclusions de son enquête dans le nouveau numéro de l’hebdomadaire Le Un cette semaine. Si la situation n’était pas scandaleuse, pour reprendre le vocable du patron du Un justement, elle prêterait à rire tant se sont enchaînées les bévues stratégiques. 

En gros Presstalis remis à flot en 2013 se lance alors dans une politique hasardeuse de développement. Rachat de sociétés mal portantes pour des expertises déjà prises en charge par les éditeurs : échec. Développement d’une application censée aider le jeune à géolocaliser un marchand de journaux alors que le jeune n’en a rien faire : nouvel échec. Rachat d’entrepôts pour faire des méga plateformes régionales suréquipées dont les camions repartent à moitié vides parce que le volume d’activité chute de 30% en 5 ans : re-échec . Et fiasco suprême, la mise en place d’un nouveau système informatique, inspiré de la grande distribution, pour mieux gérer en outre le flot des invendus qu’il faut ré-acheminer. Non seulement ce sera un marasme mais en plus, au lieu des économies estimées, il faudra encaisser un surcoût. Je vous passe les petits avantages en nature consentis aux plus gros clients et lissés sur les factures de tous, le barème des prix qui ne tient pas compte de l’effondrement systémique de la trésorerie, les frais bancaires, et un plan de départ ultra coûteux, accordé lors de la crise de 2012.  

En leur présentant des résultats partiels, les journaux clients de Presstalis ont été trompés, y compris ceux qui en étaient administrateurs comme Louis Dreyfus du groupe Le Monde. Mais à force de réclamer les chiffres, ils les ont obtenus, et ce fut un choc à 300 000 millions d’euros ! Voilà comment nous sommes passés de la crise au scandale, sur lequel chaque citoyen mérite, en effet, que soit faite la lumière.

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