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L'écrivain Edouard Louis

Edouard Louis, un écrivain en gilet jaune ?

2 min
À retrouver dans l'émission

Tiens revoilà Edouard Louis. Ecrivain de la violence sociale, d’"En finir avec Eddy Bellegueule" à "Qui a tué mon père", quels mots met-il sur ces colères qui innervent la France comme des veines sur un cou tendu ?

L'écrivain Edouard Louis
L'écrivain Edouard Louis Crédits : Daniel ROLAND / AFP - AFP

Il a du mal à les trouver justement. « Depuis quelques jours j'essaye d'écrire un texte sur et pour les gilets jaunes, mais je n'y arrive pas » : c’est l’incipit de cette tribune publiée en 25 posts sur son compte Twitter. 

Une amorce sincère en forme d'aveu d'échec mais aussi mise en abîme de l’enjeu : trouver un langage. On attend de la littérature qu’elle y parvienne, particulièrement lorsque l’on croit comme Edouard Louis à une littérature de l’émancipation. Ce n’est pas le cas dans ce texte. 

Il y aurait comme un langage qui empêche de s’exprimer. C’est paradoxal et pourtant c’est ce que disent les lignes qui suivent : « quelque chose dans l'extrême violence et le mépris de classe qui s'abattent sur ce mouvement me paralyse ». 

Il se sent visé lui par les mots de mépris d’un nuage médiatique et politique qui accompagnent les images des gilets jaunes notamment sur les réseaux sociaux. « Barbares », « abrutis », « ploucs », « irresponsables », sans oublier cette fameuse « grogne » car comme l’écrit Edouard Louis, c’est bien connu, les classes populaires ne se révoltent pas elles grognent comme des bêtes. 

Evidemment qu’un écrivain dont la voix s’est imposée dans l’espace culturel et médiatique, se sente lui même attaqué par ce refus non pas d’entendre mais d’écouter ce qui se formule sur les ronds-points et dans la rue, suscite forcément la moquerie. 

Mais puisque nous parlons de langage et ce qui s’y joue à propos des gilets jaunes, allons au bout. Car c’est au fond l’intérêt de cette tribune en multi-tweets. Poser la problématique non pas du côté des mesures, des ajustements, du retrait ou du rétablissement de telle ou telle taxe (ce qui a au demeurant un impact sur les corps sociaux) mais du point de vue du langage. 

Le langage serait pris dans la séquence que nous traversons, comme dans d’autres moments et modalités de la colère, entre la perversion et la subversion. 

La perversion du langage pour Edouard Louis est dans les mots des dominés sur les dominants. Des mots qui défendent un coup les bons pauvres authentiques, puis qui disent « pauvres, taisez-vous » lorsque les classes populaires s’abîment dans la violence, l’homophobie, le racisme. « Dans les deux cas, la volonté sous-jacente est la même : empêcher l'émergence d'une parole » écrit Edouard Louis, et « c'est notre responsabilité à toutes et à tous de transformer ce langage ». Reprenant l’analyse de Pierre Bourdieu dans laquelle il s’inscrit, pour lui les classes populaires représentent ainsi la classe-objet par excellence. 

Quant à la subversion du langage, au contraire, c’est ce qui serait à l’œuvre dans un mouvement social renversant le vocabulaire existant. La visibilité plus que la représentativité. La crise générale des inégalités au-delà de l’horizon de la fiscalité. Une formulation qui se fait par étape mais tend à redevenir sujet du discours. 

Reste ce paradoxe dans lequel se tient Edouard Louis, entre une classe (celle dont il vient) à défendre comme sujet, mais qui reste malgré tout dans ses écrits, et de là où il se tient, une classe-objet. 

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