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Edouard Louis accompagne la sortie de son livre "Qui a tué mon père"

Edouard Louis, un romancier en politique ?

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À 25 ans et en trois livres, le jeune auteur fait désormais de la politique et parle de ce qu’elle fait. D’une littérature de l’émancipation à une littérature de la confrontation.

Edouard Louis accompagne la sortie de son livre "Qui a tué mon père"
Edouard Louis accompagne la sortie de son livre "Qui a tué mon père" Crédits : AFP/GETTY IMAGES

Les contours de cette mutation s'affirment depuis que s'est répandue dans la presse une nouvelle, ou plutôt une indiscrétion : le troisième livre d’Edouard Louis, 25 ans, serait devenu une référence au sommet de l’Etat. Le journal « L’Opinion » titrait hier « Qui a tué mon père » d’Edouard Louis le brûlot qui fait cogiter l’Elysée.

Brûlot, car « Qui a tué mon père » n’a pas de point d’interrogation. Il accuse. «L’histoire de ton corps accuse l’histoire politique » écrit Edouard Louis à propos de ce père qui, à 50 ans, respire à peine. 

Son corps est pour lui une preuve. Le dos broyé par un accident du travail à l’usine puis par un boulot de balayeur, loin de chez lui, à 700 euros par mois. Les tripes enflammées par ces médicaments qu’on ne rembourse plus… Pour Edouard Louis, le corps de ce père accuse les politiques de rigueur. 

Quant au livre, il franchit une limite littéraire : celle qui par esthétique se refuse au prosaïsme de la politique. La littérature fait comme si «l’histoire de nos vies se déroulait en dehors de la politique » dit Edouard Louis. Alors à partir de la 75ème page de cet ouvrage, qui en fait un peu plus de 90, il fait entrer la politique, les noms, les chiffres. 

C’est "Jacques Chirac et Xavier Bertrand" qui "détruisent les intestins" de son père, "Nicolas Sarkozy et son complice Martin Hirsch" qui lui "broient le dos", "Hollande, Valls et El Khomri" qui l’ont "asphyxié", et aujourd'hui "Emmanuel Macron" qui lui "enlève la nourriture de la bouche", en supprimant cinq euros d'APL par mois. « Pour les dominants » écrit Edouard Louis « la politique est une question esthétique (...) Pour nous, c’était vivre ou mourir ».

Pourquoi ce livre circule-t-il au gouvernement ? Parce que sous ses airs de charge radicale, il serait macronien sans le savoir, analyse le journal L’Opinion. 

Il dénoncerait précisément le mécanisme « d’assignation à résidence » combattu par Emmanuel Macron durant sa campagne. Il correspondrait « au projet d'émancipation par le travail, par l'école, par la culture  » qu’affirmait le candidat lors d'un meeting à Tourcoing avant d'ajouter « un jeune qui s'émancipe s'affranchit d'un lien, d'une entrave, d'une domination  ».

Mais toute opposition ne s’absorbe pas… L’écrivain Edouard Louis n’est plus seulement cette plume qui dit ce que le monde qui s’insurgeait contre lui, le pédé de Picardie, lui a imposé de métamorphoses. Il n’est plus seulement ce transfuge de classe sauvé par les livres. Il n’est plus seulement celui qui montre les ravages sociaux de la domination masculine dans un milieu où je cite « construire un corps masculin voulait dire résister au système scolaire ». Edouard Louis fait de la politique et écrit sur ce qu’elle fait. 

Il répond ainsi sur Twitter dans un message adressé à Emanuel Macron : « Mon livre s'insurge contre ce que vous êtes et ce que vous faites. Abstenez-vous d'essayer de m'utiliser pour masquer la violence que vous incarnez et exercez. J'écris pour vous faire honte. J'écris pour donner des armes à celles et ceux qui vous combattent».

Pour l'auteur, littérature et lutte se confondent. Et ce qui a échappé aux lecteurs du gouvernement, c’est que ce livre d’Edouard Louis signe précisément le passage d’une littérature de l’émancipation, à une littérature de la confrontation.

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