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L'actrice Juliette Binoche à la 70e cérémonie du Festival de Cannes pour "Un Beau soleil intérieur", en mai 2017

Pourquoi les actrices ne vieillissent pas à l’écran?

5 min
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Une femme majeure sur deux a plus de 50 ans, et au cinéma elles ne représentent que 6% des rôles.

L'actrice Juliette Binoche à la 70e cérémonie du Festival de Cannes pour "Un Beau soleil intérieur", en mai 2017
L'actrice Juliette Binoche à la 70e cérémonie du Festival de Cannes pour "Un Beau soleil intérieur", en mai 2017 Crédits : Dominique Charriau - Getty

Où sont passées les femmes de 50 ans et plus au cinéma ? Vous avez remarqué l’affiche de « Mme Mills » le nouveau film de Sophie Marceau ? On y voit au premier plan Sophie Marceau donc, 51 ans, qui a l’air d’en avoir 12 et demi. Allez j’exagère, 30 et des poussières. Et derrière elle, une vielle femme fripée lunettes et cheveux gris (en l’occurrence Pierre Richard). Cette affiche résume parfaitement la situation, au cinéma en général les femmes ne vieillissent pas elles disparaissent aux alentours de 45 ans et réapparaissent dans des rôles de mamies. Entre les deux il n’y a rien. 

Les chiffres sont là et je vais même vous les donner en exclusivité avant la table ronde qui sera organisée aujourd’hui à Paris à la Maison des métallos : une femme majeure sur deux à plus de 50 ans, et au cinéma elles ne représentent que 6% des rôles. Une proportion qui a même baissé, en 2015 c’était 8%. 

Des actrices de plus de 50 ans il y en a quelques unes quand même qui ont le droit de vieillir, qui continuent leur carrière et même avec des rôles qui correspondent à leur âge. Cette année Karine Viard dans « Jalouse » de David et Stéphane Foenkinos par exemple ou Juliette Binoche dans « Un beau soleil intérieur » de Claire Denis. Et bien sûr Isabelle Huppert. Mais ce sont des exceptions qui cachent une réalité restée longtemps silencieuse, la femme de plus de 50 ans a le super pouvoir de disparaître des écrans ! Et dans le cas de « La Huppert », elle incarne tout de même une sorte de « post âge », les années passent et toujours ce même visage, la Huppert nous est présentée comme hors temps.

Un climat renforcé à coups de classements people et de portfolios racoleurs type « ces stars qui ne vieillissent pas ». Ou encore de formules comme celle-ci : « Parmi les actrices françaises les plus convoi­tées, Sophie Marceau peut réso­lu­ment figu­rer sur la première marche du podium. Et pour cause, du haut de ses 51 ans, l’ac­trice ne semble pas avoir pris une ride depuis ses premiers pas sur nos grands écrans ». Parce que si elle en avait prise une, ça ferait longtemps qu’elle aurait dégagé c’est ça?

Alors que se passe-t-il ? En forçant la fontaine de la jouvence, en jouant le jeu de photoshop, en refusant parfois d’être filmé si la lumière les trahit, en acceptant des rôles où précisément elles ne font pas leur âge, ces actrices participent-elles à ce double standard que décrivait la féministe Suzanne Sontag « le sexisme et l’agisme » ?

Il s’agit bien sûr d’un système auquel elles participent si elles veulent continuer à bosser, et dont seules certaines parviennent à s’extraire. Mais le problème ça n’est pas simplement que les actrices passé la cinquantaine puissent continuer à exercer leur métier, c’est que l’absence des ces rôles sur les écrans de cinéma joue un rôle, justement, dans les représentations.

Combien de personnages masculins de 50 ans, bien installés, qui ont la valeur de l’expérience et le bureau qui va avec, pour quelques maigres rôles de femmes qui ont du métier comme on dit? Elles sont passées où les patronnes, les femmes puissantes ? Celles qui à 50 ans sont en plein épanouissement de leur carrière ? Une bande de maman, une bande de mamie, mais les ménopausées non merci ! Voilà le signal. Ou « la boss » fait super jeune, ou alors elle est frustrée ou alors y en une mais pas deux ! C’est le principe de l’invisibilité, prenez une réunion avec 30% de femmes on a un sentiment de parité, à 50% de femmes on passe à un sentiment de supériorité. Et sans se limiter à la « femme puissante », la femme lambda de 50 ans et plus, pourquoi ne serait-elle pas plus souvent le sujet d’une histoire ?

Pour que les scénaristes, les réalisateurs.trices, producteurs.trices, directeurs.trices de casting imaginent des solutions à ces enjeux : une rencontre interprofessionnelle sera organisée le 11 avril, par l’AAFA, l’association des acteurs et actrices associés qui a la première nommé ce qu’on appelle « le tunnel de la comédienne de 50 ans ».

Objectif : rééquilibrer la « valence différentielle des sexes » analysée par l’ethnologue Françoise Héritier, et décrite par la romancière Camille Laurens dans Celle que vous croyez je cite « tu peux bien faire des thèses, et des articles et de la gym, ça ne sert à rien si tu n’es plus côté à l’argus » !

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