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Philippe Lancon, après avoir gagné le Prix Femina 2018 pour son roman, "Le Lambeau".

Les prix littéraires face aux "nouvelles guerres"

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Après un cru 2017 marqué par la seconde guerre mondiale et le nazisme, en 2018 ce sont les enjeux des combats contemporains qui se sont imposés.

Philippe Lancon, après avoir gagné le Prix Femina 2018 pour son roman, "Le Lambeau".
Philippe Lancon, après avoir gagné le Prix Femina 2018 pour son roman, "Le Lambeau". Crédits : Christophe ARCHAMBAULT - AFP

Première dans l’histoire du Prix Renaudot, le jury a décerné un double prix littéraire, récompensant Valérie Manteau pour Le Sillon et attribuant un prix spécial à Philippe Lançon pour Le lambeau

Pour un Prix qui s’est construit contre l’académisme du Goncourt, notamment lorsque celui-ci « rate » Le Voyage au bout de la nuit de Céline en 1932, le Renaudot répond donc à l’absence du livre de Philippe Lançon dans la sélection du Goncourt. Le lambeau n’étant pas considéré comme un roman par le jury du Goncourt puisqu’il ne retrace pas une expérience fictive mais la réelle reconstruction de l’auteur victime de l’attentat contre Charlie Hebdo en 2015. 

Réelle ou fictive n’est-ce pas la forme littéraire employée pour dire cette expérience qui compte avant tout ? Une controverse sur la définition du roman, jugée étroite à l’ère des formes multiples de récits, s’est donc ouverte, et l’absence de Lançon au Goncourt est apparue alors comme un nouveau raté. 

Ce qui ne retire rien à la qualité du lauréat du Goncourt cette année, Nicolas Mathieu pour Leurs enfants après eux, et l’amplitude romanesque d’une trame nourrie par l’expérience narrative des séries, et l’acuité d’un regard sur une France dont on parle peu ou mal, celles des anciens bassins de métallos. 

Mais il fallait donc pour le Renaudot saluer ce « monument » de Philippe Lançon comme le désigne le président du jury du Renaudot, Frédéric Beigbeder, et créer ce prix spécial pour l’occasion, permettant de récompenser deux fois un livre déjà lauréat du Prix Femina. 

Voilà pour « la cuisine » des Prix littéraires. Mais ce qui est frappant, après l’hystérie de la foire aux récompenses, c’est que parmi les nouvelles voix de la littérature, deux sont issues des pages et de la tragédie de Charlie Hebdo. 

Valérie Manteau, Prix Renaudot, journaliste et éditrice, a participé au journal satirique de 2009 à 2013. Dans son premier roman Calme et tranquille, elle a tressé les heures froides du deuil, celui de la perte d’une grand mère suicidée et celui de la perte de ses anciens compagnon de Charlie Hebdo. On s’y tenait suspendu dans le vide, lorsque l’insomnie arrive, et que l’attachement à la vie ne constitue plus qu’une faible rambarde. Dans Le Sillon, c’est le cœur de la résistance stambouliote qui bat, et l’écho d’une ville qui a marché au son de « nous sommes tous Hrant Drink », journaliste turque d'origine arménienne assassiné en 2007 par un nationaliste. 

Quant à Philippe Lançon, écrivain et journaliste à Charlie Hebdo, « blessé de guerre dans un pays en paix » comme il l’écrit, défiguré par les balles fanatiques, il dessine dans l’épreuve « qu’aucun au-delà ne conclura » comme il le confesse, une espace, malgré tout, pour l’après. 

Issues d’un journal de dessinateurs et donc aussi de plumes, ces deux voix naissantes de la littérature, s’imposent alors comme deux voies pour reconstruire un monde en lambeaux. 

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