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Claire Nouvian/Pascal Praud. Capture d'écran

Claire Nouvian/Pascal Praud : jusqu’où ira le « clashisme »?

3 min
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La séquence qui vient de se produire n’a rien de surprenant. Elle dénote même d’une certaine maîtrise des nouveaux codes de la bataille des idées. C’est pour ainsi dire un clash parfait.

Claire Nouvian/Pascal Praud. Capture d'écran
Claire Nouvian/Pascal Praud. Capture d'écran

Si le clash est déjà rentré dans le dictionnaire Larousse, j’y ajouterais bien le « clashisme » ou l’art de faire du clash. Car la séquence qui vient de se produire n’a rien surprenant. Elle dénote même d’une certaine maîtrise des nouveaux codes de la bataille des idées. C’est pour ainsi dire un clash parfait.

Prenez une victime et un agresseur, une séquence vidéo montée et partagée en boucle sur la ‘réseausphère’, une surenchère émotionnelle où chacun se positionnera en « pro » (sans faire de jeux de mots) ou « anti » et vous avez tous les ingrédients.

En l’occurrence, la victime supposée c’est la militante écologiste et candidate aux Européennes sur la liste Place Publique Claire Nouvian et l’agresseur désigné c’est l’animateur de « l’heure des pros » sur CNews Pascal Praud. Dans le montage vidéo, on voit les attaques se succéder contre la militante accusée d’être « folle » « hystérique » « d’avoir un melon qui ne passe plus les portes studio » etc. Le tout présenté ensuite par Claire Nouvian dans une vidéo sur les réseaux sociaux comme un cocktail de misogynie emblématique de ceux qui veulent faire taire une femme lorsqu’elle donne un avis différent. Depuis, une centaine de « signalements » ont été envoyés au CSA pour l’alerter sur cette séquence, sans qu’on sache s’ils émanent de gens qui ont véritablement vu l’émission ou simplement le montage.

À regarder les échanges en entier, ce que j’ai fait, on y découvre que les rôles ne sont pas si clairs. On pourrait relever, par exemple, que c’est rapidement la militante écologiste qui va accuser ses débatteurs d’être « complétement tarés » et de faire une émission « climatosceptique réactionnaire » … Visiblement surprise de découvrir où elle mettait les pieds. Mais après tout, qui regardera la séquence en entier mis à part le CSA ? Seul compte le clash, produit virtuose d’une recette bien rodée.

Viralité et rivalité, virulence et violence : la guerre des récits telle que l’a théorisée Christian Salmon dans « l’ère du clash » a encore eu lieu. Tout était réuni pour. 

  • Premièrement, une émission de « débat » caricaturale comme il en apparaît de plus en plus dans la concurrence que se livrent les trois principales chaînes d’information en continue. 
  • Deuxièmement, un panel d’intervenants ultra polarisés. 
  • Troisièmement, un moment de télévision, un sommaire, un dispositif, conçus pour et par la reprise sur les réseaux sociaux.
  • Quatrièmement, une problématique qui joue sur le disruptif. En l’espèce la question était « le ‘refroidissement’ climatique ? »
  • Enfin cinquièmement, un cadre de discussion qui repose sur un relativisme et un confusionnisme assumé. 

Où se place la frontière entre un débat d’opinion et un débat de faits ? Tel qu’il semble remettre en cause un constat majoritairement tenu pour vrai par les scientifiques spécialistes du climat. Je ne parle pas des non-spécialistes. C’est bien la transgression sérielle et la « casse des vérités » théorisées toujours par Christian Salmon qui est à l’œuvre.

On pourrait mépriser ce type de séquence qui pourtant nous concerne tous. Médias, participants et spectateurs devraient prendre leurs responsabilités ,car s’il est une victime de ce « clash parfait », c’est le socle commun qui peut encore nous permettre de débattre réellement. Mais pour combien de temps ?

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Le rock, une froide énergie sexuelle
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