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Clubbers dans un entrepot londonien

La musique électronique, matrice des arts au XXIème siècle?

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A la Philharmonie de Paris, l’exposition « ELECTRO » évite la nostalgie, la pédagogie, la légitimation ou le fétichisme. Sans doute grâce à cette conviction : la révolution de la musique électronique est un manifeste esthétique. Elle irrigue largement toutes les nouvelles formes d’art et de vie.

Clubbers dans un entrepot londonien
Clubbers dans un entrepot londonien Crédits : Diverse Images/UIG - Getty

Comment montrer « l’art à l’état gazeux », pour reprendre la formule du philosophe Yves Michaud ?

Monter une exposition sur la dance music électronique relève de la gageure, et d’une série d’injonctions contradictoires. Cette révoluSON dont l’ADN est d’ouvrir de nouveaux espaces peut-elle se retrouver enfermée entre quatre murs ? La techno et la house arrivent bien dans cet élan qui accompagne la chute du mur de Berlin et le début du cyberespace. 

D’ailleurs comment borner chronologiquement un mouvement qui suit les transformations du chant de la machine ? Et comment retracer l’histoire d’un son du futur sans qu’il appartienne instantanément au passé ? Enfin, si la fête et l’émancipation batte en son cœur, comment transmettre cette énergie aux visiteurs ?

L’exposition « Électro » de la Philharmonie, conçue par Jean-Yves Leloup, a trouvé des réponses dans la musique elle-même, et les formes qu’elle engendre. 

Bien sûr le parcours pose d’abord quelques repères :

- Premières vibrations au thérémine dans les années 20/30 avec de grandes instrumentistes comme Clara Rockmore

- Premier concert de bruits de Pierre Schaeffer en 1950

- Découverte dans les années 70 par Giorgio Moroder du Moog Modular 3P ce qu’il pressent comme le son du futur. La musique électronique va alors quitter la dimension expérimentale et avant-gardiste pour devenir une musique dansante.

- Influence déterminante de Krafwerk sur les musiciens noirs américains qui inventent la house et la techno dans les clubs undergrounds de Détroit et de Chicago

- Premières raves au début des années 90.

- Ouverture du Berghain à Berlin en 2004 et tournée « Alive » des Daft Punk en 2007 qui modélisent la performance électronique scénique.

Mais pour sortir des approches musicologiques, sociologiques ou ethnologiques qui ont pu accompagner les différentes lectures de la révolution électronique, l’idée de l’exposition est de la considérer comme un manifeste esthétique. Comme en témoignent les photos d’Andreas Gursky la techno rave est déjà une proposition immersive radicale. Utopique et politique.

L’immersion dans l’exposition « ÉLECTRO » n’est alors plus un moyen de la mettre en scène, elle est en quelques sorte « native », elle découle de son sujet. On déambule dans les différents espaces thématiques comme dans une fête, entrainé par les bandes sons de Laurent Garnier. 

Reste à dérouler ce fil esthétique, qui montre combien l’électro irrigue la création contemporaine : des spectacles de danse de La Horde, Christian Rizzo ou Giselle Vienne, aux diaporamas des dernières raves moscovites et parisiennes, en passant par les costumes post drag queen du Collectif Kinder Garten, les œuvres de 1024 architectures et les clips queers des cités de Kiddy Smile.

L’électro c’est l’invention de cette figure artistique contemporaine : le « sémionaute » qui compile, colle, sample, détoure, superpose bref post produit le réel à sa guise comme un DJ curateur. C’est ce que résume merveilleusement le titre et l’installation des Daft Punk : « Technologic »

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