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Co-produite par la chaîne anglaise Sky et l'américaine HBO, une mini-série s'empare de l'accident nucléaire pour retracer les dernières années d'effondrement de l'URSS

De la catastrophe nucléaire au phénomène de la série Chernobyl

4 min
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L’impact de la série dépasse la frontière des écrans, mais pourquoi ? De quoi le phénomène de la série Chernobyl est-il le signe ?

Co-produite par la chaîne anglaise Sky et l'américaine HBO, une mini-série s'empare de l'accident nucléaire pour retracer les dernières années d'effondrement de l'URSS
Co-produite par la chaîne anglaise Sky et l'américaine HBO, une mini-série s'empare de l'accident nucléaire pour retracer les dernières années d'effondrement de l'URSS Crédits : HBO

C’est désormais la série la mieux notée de tous les temps, devant Breaking Bad et Game of Thrones. Chernobyl et ses 5 épisodes sur la catastrophe nucléaire survenue le 26 avril 1986 est devenue un véritable phénomène. Si on tentait une métaphore hasardeuse, on pourrait dire que la série provoque un nuage de réactions qui dépasse largement la frontière des écrans. Mais pourquoi ?

Dark tourism sur le site de la catastrophe

Il faut d’abord rappeler que depuis sa diffusion sur HBO aux États-Unis, mais aussi en France sur OCS ou encore en Russie sur la plate-forme de streaming Amediateka, Chernobyl a fait bondir le tourisme de la catastrophe. En quelques semaines les réservations sur le site dévasté de la centrale nucléaire et dans la ville ukrainienne voisine, Pripyat, ont augmenté de 40%. 

Le créateur de la série Craig Mazin a même dû appeler à «la décence» après avoir découvert une vague de clichés sur le réseau Instagram où les visiteurs se prennent en photo au milieu des vestiges du drame. Parfois sourire aux lèvres, ou encore à moitié nus. Qu’est-ce qui fait que quelqu’un a envie de poser en string sur un site aussi tragique ? Alors que depuis 1986, des images atroces de victimes des radiations ont fait surface à mesure que l’on a compris l’ampleur du désastre.

Évidemment, c’est une variante extrême de ce tourisme de la ruine, du massacre, et de la désolation qui est apparue ces dernières années. Ce «dark tourism» et ses photos parfois très perturbantes, qui dépassent le geste de la mémoire pour s’ancrer dans une sorte de fascination du pire et de pornographie morbide. Mais la question centrale ici est bien celle de la mise en récit. Qu’est-ce que nous raconte la série et qu’est-ce que nous nous racontons avec elle ?

Récit et fascination

Chernobyl est conçue comme la boîte noire d’un mensonge : minimiser l’explosion, minimiser la contamination, minimiser les radiations, envoyer des hommes simplement équipés d’une blouse et d’un chapeau s’irradier, et se brûler au cœur du réacteur, confiner une ville au lieu de l’évacuer, mentir encore et toujours.

Comme le dit, dans la série, un cadre de l’administration soviétique : «Quand les camarades posent des questions qui vont contre leur intérêt, il faut leur dire de se remettre au travail. Alors bouclons la ville et coupons les lignes pour éviter la propagation de fausses nouvelles». 

C’est cet archétype monstrueux des ravages inhumains d’une fake news que l’on voit précisément à l’écran. Et c’est aussi pour cela que la série provoque une fascination vertigineuse. Elle renvoie au présent confusionniste et complotiste que nous vivons. 

En Russie, la série suscite d’ailleurs le débat. Les libéraux y voient la prolongation d’un travail de mémoire sur les héros oubliés du roman national, ces témoins que la Prix Nobel Svetlana Aleksievitcha a rencontrés dans La Supplication : Tchernobyl, chroniques du monde après l’apocalypse, mais aussi une archive redoutable sur l’inhumanité de la bureaucratie soviétique. 

Quant au pouvoir actuel, il salue le réalisme et la précision de la série, sans pour autant faire de droit d’inventaire. Certains crient même déjà au complot et à l’exagération, et une contre-série, en version beaucoup moins à charge pour les autorités de l’époque, se prépare. La duplicité est donc toujours là.

Si la série Chernobyl provoque un tel phénomène, c’est qu’elle est au cœur de cette bataille des récits. À la fois salutaire pour la compréhension du passé, et révélatrice du temps qui est le nôtre, marqué par le mensonge comme les projections apocalyptiques. Au fond, les clichés de ces instragrameurs du désastre, en sont la manifestation inconsciente. On aurait tort de les refouler.

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