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Rachid Taha

Rachid Taha, la voix du changement

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Métronome de la mutation, le chanteur a produit les hymnes qui ont fait évoluer la société française.

Rachid Taha
Rachid Taha Crédits : THOMAS BREGARDIS - AFP

C’est un artiste de la bascule. Les cloisons musicales sont tombées avec lui comme des dominos : le raï, le rock, le punk, l’électro. Entraîné dans son élan par la philosophie, celle de Jacques Derrida et de Gilles Deleuze, qui l’accompagne et l’inspire. Comme pour cette Abécédaire conçu avec le musicien Rodolph Burger. 

Entre l’accompli et l’inaccompli Rachid Taha a inventé un espace : le changement. Il est perpétuel dans sa création sonore. Aussitôt entendu, aussitôt associé, chaque son entre dans sa dynamique de « receleur » comme il aimait à se présenter. Combinant réminiscences des chansons du Hamamà Oran, redécouverte du Chaabi dans un bar en Alsace, choc de l’explosion punk en Angleterre, expérimentations électro, et vignettes sépia de la chanson française. 

« Douce France » reprise bousculée de Charles Trenet en 1986, intègre autant le oud de la musique traditionnelle arabe que le punk des Sex Pistols s’emparent de l’hymne national britannique « God Save the Queen ». 

C’est une bascule musicale, une rupture par rapport à la tradition des aînés émigrés qui chantaient l’exil et la nostalgie, mais aussi une bascule sociologique. Avec « Carte de séjour » sa première formation, de 1982 à la chute du mur de Berlin en 1989, Rachid Taha clame « on est chez nous » !

« Douce France » et son clip où le chanteur s’invite dans le récit « traditionnel » national sont la cristallisation des revendications de la Marche des Beurs en 1983, et de la manifestation « Convergence » l’année suivante. Avec ce slogan - qui va si bien à la musique de Rachid Taha  - « la France, c'est comme une mobylette. Pour qu'elle avance, il faut du mélange. » 

Rachid Taha était un métronome de la mutation. C’est encore lui qui saisit la France de 1998, celle de la victoire Blacks Blancs Beurs à la Coupe du monde de foot. 

Reprise du chanteur et poète algérien Dahmane El-Harrachi, Ya Rayah par Rachid Taha est à nouveau l’hymne d’un changement. Un sentiment d’appartenance national métissé, qui fait se lever toutes les fesses du pays, d’où qu’elles viennent.« Ya Rayah » signifie « Oh émigré » !

Mais cette République ne dure parfois que le temps d’une chanson. Et si la musique de Rachid Taha a incarné les grands bouleversements sociologiques de son époque, elle capte au tournant des années 2000, le repli communautaire, et ce retour au cloisonnement qui carbure cette fois à l’ignorance. Il lui opposera la transmission sur les albums Diwan 1 et 2, et fabriquera désormais des antidotes toujours plus métissés. De Gaetan Roussel du groupe Louise Attaque à Mick Jones des Clash, le rock and raï de Rachid Taha devait s’ouvrir encore avec son prochain titre « je suis africain ». Fauché dans son sommeil à 59 ans, son élan, lui, demeure.

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