LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Jean Marie Gustave Le Clezio au festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo

Écrivains dans la lutte sociale, comment éviter la posture?

3 min
À retrouver dans l'émission

Des démarches ou des textes solidaires fleurissent en nombre mais comment ne pas produire un récit engagé de plus ?

Jean Marie Gustave Le Clezio au festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo
Jean Marie Gustave Le Clezio au festival Étonnants Voyageurs à Saint-Malo Crédits : ULF ANDERSEN / AURIMAGES / ULF ANDERSEN / AURIMAGES - AFP

Dans le calendrier littéraire rythmé par les rentrées de septembre et de janvier, la saison des prix en novembre, et les conseils de lectures avant l’été, quelques bulles frémissent à la surface de l’eau. Ce sont des imaginaires en lutte chauffés par l’urgence. Des démarches ou des textes qui viennent percuter la réalité sociale.

Chacun prend part à sa manière à la bataille, mais le mouvement est là. Comme débarrassé ou presque d’une conscience moqueuse et cynique qui répéterait que tout cela ne sert à rien… Quelle forme peut prendre l’engagement de ces plumes à l’aube des années 2020 ? 

Les hommes et les femmes qui errent aux portes de l’Europe, les « migrants » et le sort qui leur est réservé, imposent au fond une réaction. Chez Yann Moix qui poursuit son « j’accuse » sur la politique migratoire française : c’est la dénonciation. De retour de Calais, il témoigne et enrage face au traitement de ceux qu’il désigne comme des « apatrides du temps et de l’espace ». 

Une tribune, un livre, puis un documentaire, dans cette variété formelle Moix cherche sa voix. Les pièges tendus sont là et il peine à s’en défaire. Comment ne pas se perdre dans une caricature éculée de l’écrivain engagé ? Surtout comment produire un récit qui ne soit pas seulement un récit d’alerte ou d’impuissance de plus ? 

En mai, le festival Etonnants Voyageurs à Saint Malo tentait d’y répondre. Il se clôturait par un appel « Osons l’hospitalité ». Ecrivains, cinéastes et artistes formulant une solution à la crise des réfugiés. Au-delà de leur engagement dans leurs œuvres ou dans leurs tribunes, Michel Lebris, Lydie Salvaire, Jean-Marie Gustave Le Clézio ou encore Patrick Chamoiseau défendaient ensemble une idée concrète. A l’image de ce qui a été fait pour le climat et le développement durable, imaginer une gouvernance mondiale de l’hospitalité. 

Comment agir ? C’est une question littéraire aussi, un véritable matériau d’écriture comme s’en empare Nathalie Quintane dans une sorte « journal de la militance » gros comme un pavé. Par la voix de sa narratrice elle interroge ce qui englue notre conscience. Je cite « C’est sûr que tant qu’on ne voit pas des morceaux d’Erythréens devant notre porte, notre capacité imaginative ne va pas jusqu’à ­visualiser la réalité du pays – déjà qu’on n’est pas capable de voir la dinguerie du nôtre qu’on a sous nos yeux. »

L’engagement des écrivains, le questionnement littéraire de l’engagement, mais aussi la formulation de solutions, gravitent autour d’un point : la mise en défaut d'un slogan thatchérien « there is no alternative » . 

Il y a une alternative. C’est ce que crie le brûlot d’Edouard Louis contre les politiques de rigueur et leurs ravages sur le corps de son père.

Autre registre d'action, s’engager concrètement dans la bataille des cheminots grévistes, comme le font Heddi Kadour, Annie Ernaux, Leslie Kaplan, Bernard Chambaz ou Geneviève Brisac au sein d'un ouvrage collectif qui vient de paraître « La Bataille du rail ». Ils n'y écrivent pas sur l’avenir des services publics (motif littéraire assez sec) mais proposent des textes d’échappées, de rencontres, de souvenirs autour des trains, en versant leur droits d’auteur aux caisses de grève. 

Enfin, je voudrais terminer avec « Éloge des Mauvaises Herbes, ce que nous devons à la ZAD » ouvrage collectif qui paraît aujourd’hui et défend une politique de préfiguration. A savoir ce que celles et ceux de la ZAD ont inventé, une alternative en acte. 

« Non à l’aéroport et à son monde », tel était le slogan à Notre-Dame-des-landes. Et ces autres mondes proposés, bricolés à la ZAD sont « l’espace  infime à  l’intérieur  duquel  on  se  souvient  qu’autre  chose  est  possible » écrit Virginie Despentes qui n’y est jamais allée, mais assume ! Non, ce n’est pas un livre d’or, mais la tentative de saisir avant que ça ne disparaisse dans la bureaucratie, ce que ces « chercheurs » de la ZAD nous ont transmis.

La littérature comme une ZAR, une zone alternative au renoncement, voilà ce qui bouillonne.

Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......