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« L’orient des peintres », des clichés à l’abstraction !

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec l’exposition au musée Marmottan Monet ce n’est plus l’orient vu par ces peintres que l’on regarde, le mythe et ses influences, mais précisément en quoi cet orient va donner forme à l’art moderne.

Un exposition peut aligner des chefs d’œuvre comme des blockbuster ou apporter quelque chose à l’Histoire de l’art, dans le cas de «L’orient  des peintres » qui vient de s’ouvrir au musée MarmottanMonet à Paris nous sommes dans le deuxième cas de figure. 

Si je faisais du stand-up je vous dirais : « vous avez déjà remarqué… le japonisme est toujours considéré comme une révolution picturale alors que l’orientalisme c’est bonjour les clichés !»

Mais ce serait à la fois très risqué et très spécialisé comme entreprise humoristique. 

Revenons à l’observation de départ. En effet le japonisme et les récentes expositions qui lui ont été consacré, montre à quel point l’influence de la civilisation et de l’art japonais a bouleversé l’art en France puis en occident à la fin du XIXème sicle. Un collectionneur de l’époque disait d’ailleurs que le Japon était l’équivalent de la découverte d’un nouveau continent esthétique. Et dans les compositions, les lignes courbes, les aplats de couleurs vives, la perspective écrasée difficile de ne pas voir la marque des estampes japonaises dans les toiles de Van Gogh par exemple.

L’orientalisme qui traverse la peinture et la littérature à partir du 18ème siècle va lui charrier ses fantasmes d’odalisque lascives et de harem, ses couleurs chamarrés, ses parfums capiteux, ses soleils infernaux, et avec eux tout un tas de poncifs enturbannés. Lesquels perdurent pendant de siècles et encore aujourd’hui.

Longtemps rêvé, l’orient se nourrit du mythe de la campagne d’Egypte de Bonaparte à la toute fin du 18ème siècle, puis acquiert une dimension plus réelle, et néanmoins toujours emprunte de fantasmes, lorsque ce voyage, rendu toujours plus accessible, devient une sorte de rite initiatique des peintres. Un voyage « pittoresque » au sens littéral pour les Delacroix, Chassériau, Matisse, Fromentin, Maxime du Camp, Paul Klee ou encore Kandisky.

Avec l’exposition au musée Marmottan Monet ce n’est plus l’orient vu par ces peintres que l’on regarde, le mythe et ses influences, mais précisément en quoi cet orient va donner forme à l’art moderne.

Le bain turc est un motif en soi qui traverse l’histoire de l’art d’Ingres à Valloton jusqu’aux demoiselles d’Avignon de Picasso. Mais au-delà du motif, l’orient inaugure l’émancipation de la couleur, qui va s’exprimer en touches vives et radicales progressivement de Delacroix au fauvisme. 

D’un tableau et d’un siècle à l’autre, les lignes courbes de l’architecture et celle de l’odalisque font se confondre, et inaugure la dimension décorative explorée chez Matisse.  

Enfin la lumière inédite du désert qui aplatit les formes et enlève les ombres constitue une expérience optique qui va ouvrir la voix à l’abstraction. Elle donne d’abord naissance au tableaux de l’écrivain et peintre voyageur Fromentin éblouit jusqu’à l’aveuglement passager, et qui note dans ses carnets qu’il n’y a plus rien à peindre que l’air et la terre. Puis progressivement cette vison débouche sur des teintes monochromes et une géométrisation des paysages, jusqu’à l'expression abstraite de formes et de tâches de couleurs d’un Kandinsky.

Ainsi l’orient aura à la fois enfermé l’histoire des représentations dans une série de clichés, autant qu’il aura libéré la figuration occidentale !

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