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Senses - Real Ryusuke Hamaguchi - 2018

Cinéma et séries, la lutte des cases?

3 min
À retrouver dans l'émission

Pourquoi le mépris des cinéphiles pour les séries persiste-t-il?

Senses - Real Ryusuke Hamaguchi - 2018
Senses - Real Ryusuke Hamaguchi - 2018 Crédits : ART HOUSE / COLLECTION CHRISTOPHEL - AFP

« Les séries, c’est industriel. Les films, c’est de la poésie ». La saillie de Thierry Frémaux, le délégué général du Festival de Cannes, n’est pas passée inaperçue.

A l’aube de cette 71ème édition, il renchérissait dans une interview au Figaro : « Il faut dix-huit heures pour raconter une histoire qui tiendrait parfois en deux ! » ajoutant « Game of Thrones, tout le monde en parle mais personne n’est capable de citer le moindre réalisateur. »

Jeremy Podeswa, réalisateur d’un des bijoux du genre, le final de la saison 7, ou encore l’épilogue de la saison 1 de True Detective était pourtant bien l’invité du dernier festival Séries Mania à Lille, pour évoquer son œuvre et son travail dans le cadre d’une master-classe. Preuve que les réalisateurs de séries ne sont pas les soutiers anonymes d’une industrie paquebot mais des artistes reconnus en tant que tels.

Alors, que se passe-t-il pour qu’on dénie encore à cet art de l’image en mouvement sa légitimité ? Les réactions aux propos de Thierry Frémaux se sont multipliées, et le débat se poursuit depuis la publication récente d’un article sur le blog « des séries et des hommes » de Libération, intitulé : « Le mépris des séries, nouveau cache-misère des « cinéphiles ».

L’occasion de rappeler que la qualité d’une narration ne tient pas à sa durée, mais à l’adéquation entre celle-ci et les émotions qu’elle suscite. Mais aussi qu’il ne peut y avoir d’un côté un cinéma « poétique » et de l’autre des séries « industrielles » car « Le cinéma EST une industrie » comme le disait déjà André Malraux, et surtout car le médium n’est pas l’objet. C’est simple, basique.

Au vrai, films et séries sont des formes qui se répondent et circulent de l’une à l’autre de plus en plus, et ses entrelacs provoquent certains frottements. 

Ingmar Bergman avait déjà transformé une série télévisée de 5H heures en film de 2H40 pour « Scène de la vie conjugale », et la dernière saison de Twin Peaks de David Lynch peut se lire comme un film découpé. Mais quand un réalisateur venu du 7ème art s’empare de la forme sérielle, certains auraient tendance à considérer cette incursion comme un souffle poétique de l’auteur sur la forme industrielle, et forcément prosaïque de la série.  

C’est cette petite musique du mépris que pointe l’article de Libération. A l’heure où une école de cinéma comme La Fémis a déjà ouvert son département série, où le ministère de la culture lance un « plan série » pour développer la création française, et où nombre de réalisateurs venus des séries rejoignent le cinéma, le refrain dichotomique a fait son temps.

Pourquoi enfermer ces échanges dans des cases ? Hier sortait le dernier volet du film « Senses » du réalisateur japonais Ryusuke Hamaguchi (en compétition à Cannes pour « Azako »). Il s’agit d’une expérience de découpage de son précédant long métrage de 5 H « Happy Hour » en 5 épisodes, sortis en 3 temps, 3 mercredi de suite, vous me suivez ? 

Faire respirer une œuvre réflexive et lente où se gonfle peu à peu le portrait sensible de ces qautre femmes japonaises, ne montre pas en creux qu’une série n’en soit pas capable, mais que le cinéma peut lui aussi s’inspirer de la série, pour créer des rendez-vous en salle. Il faut se nourrir de cette porosité pour inventer, plutôt que de chercher à classer.

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