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Angèle l'une des signatrices du manifeste « F.E.M.M » (Femmes Engagées des Métiers de la Musique).

Pourquoi le manifeste des femmes de la musique n’est pas un #MeToo

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Si le texte porte la trace, y compris dans sa langue, de la vague partie des Etat-Unis, il montre aussi comment une lutte peut s’affiner et se réfléchir plus que se décliner.

Angèle l'une des signatrices du manifeste « F.E.M.M » (Femmes Engagées des Métiers de la Musique).
Angèle l'une des signatrices du manifeste « F.E.M.M » (Femmes Engagées des Métiers de la Musique). Crédits : Thomas SAMSON - AFP

Initiatives féministes pour l’égalité libération de la parole égale #MeToo. C’est ainsi depuis le mouvement déclenché aux Etats-Unis il y a deux ans dans le sillage de l’affaire Weinstein : le hashtag #Me Too est devenu un substantif. 

Après les femmes de l’industrie du cinéma, les femmes de l’industrie musicale font donc leur « #MeToo ».

Elles sont 690 professionnelles signataires d’un manifeste qui dénonce « les propos misogynes, les comportements déplacés récurrents, et les agressions sexuelles qui atteignent en toute impunité la dignité des femmes ». Si le texte porte la trace, y compris dans sa langue, de la vague partie des États-Unis, il montre aussi comment une lutte peut s’affiner et se réfléchir plus que se décliner. 

Bien sûr lorsque les signataires écrivent « le temps est venu pour le monde de la musique de faire sa révolution égalitaire » : on entend presque au loin la voix d’Oprah Winfrey et son « Time’s up ».

Mais cette action des femmes de la musique semble avoir intégré les séquences précédentes pour proposer un élan qui ne soit pas sans cesse ramener à « Me Too ». En l’occurrence leur manifeste est à la fois celui d’artistes en pleine lumière venues de tous les horizons musicaux, du « DJ-ing » underground à la variété, mais il intègre aussi toutes les femmes des « métiers de la musique. Les techniciennes, productrices, éditrices, compositrices, accordeuses, tourneuses, manageuses, attachées de presse, juristes etc. 

Une démonstration de force qui répond à cet effet parfois « tapis rouge » du mouvement #MeToo où s’expriment des personnalités pailletées. Là ce ne sont pas seulement les Jeanne Added, Chris ex Christine and the Queens, Clara Luciani, Jeanne Cherhal ou Zazie qui prennent la parole et s’engagent, mais simultanément et en en bloc toutes « les travailleuses » du secteur. Pour reprendre un vocable de combat syndical. 

Le meilleur moyen d’affirmer que le milieu de la musique est marqué structurellement par un sexisme à la fois ordinaire et prononcé. Encore souligné cette semaine par le clip, « Balance ton quoi » d’Angèle…  

À l’image : un tribunal où l’on reconstitue les scènes d’attouchements et autres frottages subies par les femmes, ou encore une académie anti sexiste.

Mais le manifeste « F.E.M.M » pour Femmes Engagées des Métiers de la Musique, plutôt que d’élargir son propos au combat féministe actuel en général, reconnaît et insiste sur cette spécificité culturelle du milieu de la musique. C’est à mon avis une force qui propulse la vague et évite le vague.

Une spécificité donc mais laquelle ? Les zones de flou entre professionnel et privé, les contextes souvent nocturnes accompagnés d’alcool et de stupéfiants, mais aussi un esprit vernaculaire de l’industrie musicale où les femmes sont naturellement harcelées et diminuées. Ça fait en quelque sorte parti du folklore…

Enfin, les situations de harcèlement et les agressions sont dépassées pour s’attaquer au dysfonctionnement systémique du secteur et au nerf de la guerre : le pouvoir. 

Une donnée essentielle car les femmes patronnes de majors ne sont que deux en France, et les postes de responsabilités reviennent principalement aux hommes. Les femmes dans la musique restant en quelque sorte d’éternelles « petites mains ». À l’image du collectif 50/50 dans le cinéma, plus que des résultantes comportementales ce sont directement l’égalité et la mixité structurelles qui sont au cœur du manifeste. La meilleure façon de changer de disque !

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