LE DIRECT
Têtes royales du Bénin à la fin du XVIIIe siècle, au musée du Quai Branly

Restitution des biens, comment passer du symbolique au juridique ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Le rapport de l’historienne Bénédicte Savoy et de l'écrivain et économiste sénégalais Felwine Sarr sur la restitution par la France du patrimoine africain se présente déjà avec une série de qualificatifs : « historique », « symbolique » mais aussi « polémique ».

Têtes royales du Bénin à la fin du XVIIIe siècle, au musée du Quai Branly
Têtes royales du Bénin à la fin du XVIIIe siècle, au musée du Quai Branly Crédits : GERARD JULIEN / AFP - AFP

Il y a d’abord les faits. 85 à 90 % du patrimoine africain serait aujourd'hui hors du continent. Le rapport recense "au moins 90.000 objets d'Afrique subsaharienne dans les collections publiques françaises" dont 70 000 au musée du Quai Branly. Deux tiers de ces œuvres seraient héritées de la période coloniale 1885-1960. Et au final 46.000 pièces pourraient être éligibles aux « critères de restituabilité » établis par ce même rapport. 

C’est cette notion de « restituabilité » qui est cœur des questionnements. Car si certaines voix s’élèvent contre la méthode d’enquête et de recensement, ce sont les orientations du rapport qui suscitent à la fois l’enthousiasme et la défiance. 

Il y a presque un an tout juste, le président Emmanuel Macron annonçait le 28 novembre 2017 à Ouagadougou au Burkina Faso son engagement pour un processus « de restitution temporaire ou définitive du patrimoine africain d’ici 5 ans ». Et ce rapport a donc pour but de cadrer une action qui ne s’en tiendrait pas à l’effet de com’.

En ce sens il est à la fois une base de données, mais aussi un texte qui s’engage pour la restitution. Une restitution qui, pour les auteurs, ne doit pas être temporaire. Et pour la mettre en œuvre, ils prônent donc une modification du code du patrimoine français, préalable à tout retour, introduisant la notion de consentement. Car jusqu’ici seuls régnaient les trois principes d’inaliénabilité, d’imprescriptibilité et d’insaisissabilité.

La notion de consentement et les critères de "restituabilité" des œuvres : voilà le cœur du débat qui s’engage. Car l’horizon symbolique ne peut être que partagé. Comment construire son Histoire quand 90% de votre patrimoine est dehors ? Interrogé par le quotidien Libération les auteurs du rapport se défendent de toute action polémique et mettent en avant une « réparation symbolique ». Il s’agit en outre de changer de regard sur un continent dont on présuppose à sa place de ses capacités d’accueil muséales. Ce qui ne signifie pas que tous les problèmes doivent être mis sous le boisseau. 

Mais les critères qui défissent les œuvres qui doivent être rendues et la difficulté à établir le « non-consentement » rendent la tâche juridique ardue. Selon le rapport, le périmètre de la spoliation engloberait les biens pillés, volés, et autres butins de guerre ou d’expéditions punitives, mais aussi les biens emportés lors de missions scientifiques, ou encore acquis à des prix dérisoires au regard du marché de l’époque, par des négociants, des militaires, des missionnaires, ou des voyageurs qui se seraient donc servis abusivement. Si certains cas sont évidents (les objets prêtés en métropole par l’Institut fondamental d’Afrique noire de Dakar en 1937, 1957 et 1967 qui ne lui ont jamais été rendus), d’autres augurent un vaste casse tête de preuves. Et que faire quand les pays auxquels sont restitués les œuvres ne représentent plus les ethnies à qui elles ont été pillées ? 

Au vrai, avant de lever les freins il faudrait d’abord saluer l’élan. Et tenter de réparer la fraude. Mais à terme imaginer aussi des modalités pour que du Sud au Nord, et du Nord au Sud, les œuvres circulent. 

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

On ne sait jamais ce que contiennent les camions
L'équipe
Production
Réalisation

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......