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Des réalisateurs mobilisés à Cannes appellent à voter aux élections européennes

Toujours sans nouvelles de « l’Europe de la culture »?

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Depuis Cannes 500 cinéastes européens lancent un appel au vote, et s’efforcent de construire un « nous » de la culture en Europe.

Des réalisateurs mobilisés à Cannes appellent à voter aux élections européennes
Des réalisateurs mobilisés à Cannes appellent à voter aux élections européennes Crédits : DR

Les États-Unis ne se sont pas racontés dans un tableau Excel ni à travers des débats sur le déficit. Le déficit narratif en revanche est un bien mal dont souffre l’Europe. 

Alors que les élections européennes débutent aujourd’hui aux Pays-Bas et au Royaume-Uni, depuis Cannes vient de retentir l’appel au vote de 500 cinéastes de toute l’Europe. Les français Jacques Audiard et Céline Sciama, le britannique Stephen Frears, l’allemand Wim Wenders, les belges Jean-Luc et Pierre Dardenne, le portugais Miguel Gomes, le polonais Pawel Pawlikowski, l’italienne Valeria Golino… entres autres.

Autant de noms qui évoquent des mises en scène si singulières, et en même temps, une vague identité commune qui les traverse. Les films de ces cinéastes sont d’ailleurs des projets européens, stricto sensu, car bien souvent issu d’une co-production entre différents pays de l’UE. 

L’Europe « nous nous efforçons de la décrire avec la délicatesse des images et un langage plus accessible à tous les peuples qui la composent » écrivent les 500 cinéastes avec un « nous » qui tente de faire exister en filigrane cette fameuse « Europe de la culture ».

Et ce « nous » reconnaît simultanément le manque de récit communautaire inspirant et désirable. L’appel des 500 cinéastes débute sur cette Europe « sans âme et sans émotions qui utilise une langue que peu d’entre nous comprenne ». Et de fait dans « Communauté » Européenne on n’entend même plus « communauté ».

Mais quelle est cette communauté ? Quel est le récit commun que nous partageons quand les piliers de l’esprit européen sont menacés au sein même de l’Union Européenne ? En Pologne, en Autriche, en Hongrie, en Bulgarie, à Chypre, en Italie quid de l’ouverture des frontières, de la libre circulation, de l’échange, de la fraternité, de la solidarité, de l’hospitalité ? Et quelle liberté des arts, des opinions, du journalisme aujourd’hui à l’échelle européenne ?

Le ton du texte des 500 cinéastes est particulièrement grave « une Europe libre et démocratique, c’est aussi une Europe de la libre pensée et de la liberté d’expression » clament-ils. N’a-t-on pas vu partout les signaux multiples de remise en question de ces valeurs qui unissent « l’Europe de la culture » ?

Une artiste était récemment arrêtée en Pologne pour une vierge à l’auréole arc en ciel qui offensait le sentiment religieux, et de manière diffuse pas plus tard que l’année dernière on censurait des nus du peintre Egon Schiele à Londres, à Hambourg, à Cologne, pour ne pas choquer… « Les œuvres n’ont pas de morale à respecter, elles sont libres de révéler, de choquer et de blasphémer » ne serait-ce pas là une part de notre identité européenne ?

Pourquoi ne pas se distinguer des autres continents par la liberté publique et artistique, l’éthique de la gouvernance, ou encore un cahier des charges contre la concentration capitalistique des grands groupes culturels par exemple ?

En 1934 Stephen Zweig commence la rédaction du « Monde d’hier, souvenirs d’un Européen » qui raconte la Vienne d’avant 1914. Il y écrit « Ici, chacun était promu à ce cosmopolitisme qui répudie tout nationalisme étroit, chacun était élevé à la dignité de citoyen du monde. Et l’on n’était pas un vrai Viennois sans l’amour de la culture » .

Si le testament de Zweig nous parle d’un monde disparu, il en a lui des pistes pour reprendre ce récit européen de la culture. Il dessine une troisième voie entre une Europe culturelle anecdotique et cosmétique, la nôtre aujourd’hui, et une Europe qui transforme la culture en ciment réactionnaire et nationaliste, la nôtre peut-être demain… 

Quand on pense à l’Eurovision ou l’Eurodance comme Europe de la culture on part de loin, mais une troisième voie « zweigienne » reste possible celle d’une reconquête narrative européenne, et du choix de la Culture comme pivot européen.

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