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Des livres entreposés dans une librairie à Paris

Auteur, un symbole sans statut ?

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#Payetonauteur #Auteursencolère

Des livres entreposés dans une librairie à Paris
Des livres entreposés dans une librairie à Paris Crédits : Helena de la Guardia - Getty

#Payetonauteur #auteursencolère, tels sont les mots qui portent sur les réseaux sociaux la révolte des écrivains, des illustrateurs, mais aussi des auteurs compositeurs. Ils sont prosaïques ces mots. Ils ne jettent aucun sort poétique à la langue comme pour marquer justement ce fossé entre la dimension symbolique des auteurs, sans cesse célébrée, et la dureté de leur condition sociale. 

Pour Samantha Bailly, présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs de livres jeunesse et vice-présidente du Conseil permanent des écrivains : « la situation n'a jamais été aussi grave ». 41% des auteurs professionnels gagnent moins que le Smic, selon une étude du ministère de la Culture. La profession, c’est à dire les 270 000 personnes qui sont soumises au statut d'artiste-auteur, se retrouverait prise entre une précarité galopante et un mépris supposé des pouvoirs publics.

« À l’heure où la création est portée en étendard national, où la lecture et l’éducation artistique et culturelle sont des priorités politiques, comment le Gouvernement peut-il laisser les auteurs du livre dans une situation d'extrême gravité, sans que nos spécificités et celles du monde du livre soient prises en considération ? », clament plus de 27 000 auteurs dans une pétition sur Change.org. 

Et si la mobilisation ne cesse de s’intensifier, c’est que dans cette bataille toutes les plumes sont touchées. En témoigne la liste de plus en plus extensible des signataires comme Lydie Salvayre, Chantal Thomas, Nathalie Azoulai mais aussi des auteurs de best-sellers comme Pierre Lemaître, Marc Levy, Guillaume Musso ou Tatiana de Rosnay.

Lors des États généraux du livre qui ont eu lieu ce mardi, les auteurs et leurs différentes organisations se sont donc rassemblés pour réfléchir à « l'avenir du statut social de l'auteur » et aux « modèles économiques dans le secteur du livre ». Mais les chaises du président, du premier ministre, de la ministre de la Culture, et de la ministre des solidarités et de la santé étaient vides... Il y avait bien un représentant de la rue de Valois et un représentant de Bercy… Maigre présence symbolique pour répondre à ces auteurs dont on salue pourtant la force, celle de porter des imaginaires, en créant, en inventant, en écrivant chaque jour comme le soulignait le président Emmanuel Macron à la dernière Foire du livre de Francfort.

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« Les auteurs notre bien le plus précieux ». Oui, mais concrètement, des hommes et des femmes qui vivent ce qu’ils appellent « l’incertitude du pire ». Inquiets de quoi ? Non seulement de leur rémunération, mais d’une réforme de leur statut social, qui si elle ne se fait pas contre eux, se fait en revanche sans eux. 

Sans enter dans tous les détails : les précisions manquent sur les modalités de compensation de la hausse de la CSG. La question du prélèvement de l’impôt à la source soulève de nombreux problèmes, car les auteurs se retrouveraient à verser des avances trimestrielles comme les entrepreneurs indépendants qu’ils ne sont pas. N’ayant absolument pas le même rythme de revenus ni la même connaissance de ceux-ci. 

Quant à la retraite, les auteurs craignent les effets pervers du nouveau dispositif pour ceux qui sont déjà retraités, ceux qui cumulent deux métiers, et ceux qui sont les plus pauvres. Cela fait du monde.

Au cœur de cette révolte se joue quelque chose d’essentiel : l’auteur n’est pas un actif comme les autres. Si l’on veut qu’il en existe encore pour exercer ce qui est bel et bien un métier, la discussion au-delà du ministère de la Culture doit s’ouvrir de manière transversale. Et s’ouvrir tout court.

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