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Nick Conrad arrivant au tribunal le 9 janvier 2019

Nick Conrad, la notion de fiction dans le rap est-elle à géométrie variable ?

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Si l’on distingue en général l’œuvre de l’homme, faut-il croire que tout dépend de l’œuvre, et tout dépend de l’homme ?

Nick Conrad arrivant au tribunal le 9 janvier 2019
Nick Conrad arrivant au tribunal le 9 janvier 2019 Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

Si vous ne connaissez pas « encore » Nick Conrad, c’est normal. D’un point de vue musical, disons que cela fait des années qu’il rap dans la confidentialité, ce qui était plutôt destiné à durer. Mais Nick Conrad connaît désormais une notoriété judiciaire. Son cas interroge à nouveau le fameux statut de la fiction dans le rap.

Pour résumer, il y a déjà eu une première « affaire Conrad » : en septembre son clip « Pendez les blancs » lui valant une condamnation à 5 000 euros d’amende avec sursis pour provocation au crime, et un retrait de sa vidéo sur YouTube. 

Et puis, à une semaine des élections européennes, c’est son clip « Doux Pays » où il clame « J’ai baisé la France jusqu’à l’agonie » qui a déclenché une réaction immédiate du ministre de l’intérieur Christophe Castaner ouvrant une enquête pour « apologie d’atteintes volontaires à la vie aggravées ». 

Nick Conrad a été relâché vendredi après son audition dans les locaux de la police judiciaire parisienne.

Entre temps, il aura suscité un torrent d’indignations sur les réseaux comme dans la classe politique. Même si certains, comme Benoît Hamon, ont tenté de comparer ses paroles aux provocations, jadis, d’un Brassens, le ministre de la Culture, Franck Riester, a estimé qu’il n’y avait aucune tolérance à avoir face à ceux qui incitent à la haine et à la violence.

Voici donc un nouveau cas de rappeur devant la loi. Autrefois, NTM, La Rumeur ou bien encore Orelsan, en tout une quinzaine de procès en 25 ans. 

Genre musical devenu majoritaire, et leader de l’industrie du disque, le rap reste celui qui concentre les débats judiciaires sur la liberté d’expression. 

Et cette séquence ouvre une question : le statut de la fiction dans le rap est-il à géométrie variable ? Sachant que d’autres comme Orelsan qui chantait « je v’ais te marietrintigner » ou le groupe « SNIPER » qui voulait « exterminer les fachos » ont été relaxés au nom de la liberté du créateur et de la reconnaissance d’un genre musical, le Rap, comme volontairement outrageant et agressif.

Nick Conrad dans son clip ultra violent « Pendez les blancs » revendique aussi la fiction. Ce serait en miroir montrer un lynchage de blancs, comme celui dont les noirs ont été victimes, pour dit-il, dénoncer le racisme. Quant à « Doux Pays » il aura pris davantage de précaution avec un carton d’entrée rappelant que le clip s’adresse des spectateurs « préparés et distanciés », et clôturant sur cette mention « le mot France est à considérer comme mentalité française, médias etc ». Signé « Nick Conrad artiste, homme libre ». Mais Conrad, n’a pas eu le même traitement. 

Alors les tribunaux peuvent-ils endosser un rôle de censeurs, nécessairement pris dans la subjectivité ? Et si l’on distingue en général l’œuvre de l’homme, faut-il croire que tout dépend de l’œuvre, et tout dépend de l’homme ? Le qualificatif d’œuvre pour Nick Conrad est relatif tout comme son succès, par rapport à Orelsan. Mais faut-il reconsidérer les rapports entre l’art et la morale au cas par cas ?

Ce qui est sûr, c’est que la France, les médias, la police, les femmes ou les homos sont régulièrement la cible des rappeurs - consultez l’almanach des punchlines les plus violentes du rap il y a de quoi faire - mais tous ne sont pas poursuivis, ni condamnés. Au fond, il faut envisager ces affaires comme ce qu’elles sont : des épouvantails politiques d’un côté, et de l’autre la surenchère de marges pour se distinguer dans une culture hégémonique, le rap.

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Sibyl
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