LE DIRECT
Arkady Babchenko lors de la conférence de presse où fut révélé qu'il n'avait pas été assassiné

Le non-assasinat du journaliste Arkady Babtchenko : soulageant mais pas rassurant!

3 min
À retrouver dans l'émission

La tentative d’assassinat, elle, était bien réelle, et cette "fake news" pourrait s'avérer contre-productive pour Babtchenko comme pour d'autres journalistes et artistes dissidents.

Arkady Babchenko lors de la conférence de presse où fut révélé qu'il n'avait pas été assassiné
Arkady Babchenko lors de la conférence de presse où fut révélé qu'il n'avait pas été assassiné Crédits : Sergei SUPINSKY - AFP

Voilà qu’on annonce le « non-assassinat » du journaliste et écrivain russe opposant au Kremlin, Arkadi Babtchenko, donné mort hier. Il s’agissait en fait d'une mise en scène des services de sécurité ukrainiens pour sauver sa vie. Rassurez-vous donc, il n’a pas été abattu dans son hall d’immeuble à Kiev comme un chien... 

Au vrai ce coup de théâtre s'il provoque un soulagement n’a rien de rassurant. Au contraire. La tentative d’assassinat, elle, était bien réelle. 

L'ONG Reporter Reporters sans frontières regrette qu'on joue avec ce genre d'annonce et avec la vérité "quel que soit le motif". C'est une fake news contre-productive alors que les crimes commandités depuis la Russie existent vraiment.

Opposé à l’annexion de la Crimée en 2014, et à la guerre menée par Moscou à l’est de l’Ukraine, Arkadi Babtchenko avait été jeté à la vindicte populaire par les principaux médias russes. Menacé de mort, il avait rejoint Kiev. Comme d’autres journalistes opposants russes d’ailleurs, qui s’y sont installés. Et en 2016, c’est un autre journaliste russe proche des cercles libéraux, Paul Cheremet, qui périssait en plein centre de Kiev dans l’explosion d’une bombe sous sa voiture.

A cela s’ajoute la longue liste des journalistes, opposants, et défenseurs des droits de l’homme qui ont été assassinés depuis 2000 en Russie. Rien qu’au journal russe d’opposition Novaïa Gazeta, sept journalistes ou collaborateurs, dont Anna Politovskaïa, ont été tués entre 2000 et 2009.

En Russie ce sont les tchétchènes qui sont souvent inculpés sans qu’on retrouve le commanditaire des meurtres. Mais pour le philosophe et spécialiste des dissidents russes Michel Eltchaninoff, la Tchétchénie tient le rôle d’une boîte noire, qui fournit la Russie en tueurs de dissidents ou d’opposants.

Pour revenir au cas du journaliste non-assassiné à Kiev, mais bel et bien visé, le Kremlin a d'abord accusé le pouvoir ukrainien en place. L'organisateur de l'attaque serait en fait un ancien combattant ukrainien recruté par les "services de sécurité russes". S’ajoute à cela un discours officiel russe qui consiste à semer le doute : enfin pourquoi tenterait-on d’assassiner un opposant, même virulent, à la veille de la Coupe du monde de foot ? Ce n’est pas dans l’intérêt du pays… Nombre de dissidents y voient pourtant bel et bien un ordre direct de Moscou, et un message clair : la terreur.

Dans ce climat tendu, la coupe du monde de foot qui s’ouvre en Russie le 14 juin prochain reste un moment décisif. Car c’est précisément dans l’intérêt du pays de ne pas voir la fête ponctuée de boycotts de cérémonie officielle et autres brassards en soutien aux opposants. Des cas comme celui du cinéaste ukrainien dissident Oleg Sentsov, emprisonné pour 20 ans en Sibérie à la suite d’un procès fabriqué et en grève de la faim depuis 18 jours, peuvent trouver une issue. On l’a vu à la veille des J.O de Sotchi, en décembre 2013, avec la libération de deux membres des Pussy Riot, et de l’ex-magnat du pétrole et critique du Kremlin Mikhaïl Khodorkovski, tous graciés à la surprise générale par Vladimir Poutine.

C’est pourquoi ces tribunes, ces pétitions, cette mobilisation de la communauté artistique et intellectuelle internationale en faveur d’Oleg Sentsov (ou d'autres dissidents comme le metteur en scène et cinéaste russe Kirill Serebrennikov toujours assigné à résidence), sont essentiels. Même lorsque le président Poutine balaye les protestations en faveur de Sentsov transmises par le président Macron, il se dessine, infime, une chance. Celle que tous les anciens dissidents libérés rappellent : si vous n’êtes pas oublié vous n’êtes pas encore mort.

L'équipe

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......