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Journalisme et réseaux sociaux

Les gilets jaunes et l’accélération du data journalisme

3 min
À retrouver dans l'émission

De fait, les mobilisations issues du numérique obligent désormais le journaliste à se doubler d’un cyber enquêteur.

Journalisme et réseaux sociaux
Journalisme et réseaux sociaux Crédits : fotosipsak - Getty

La mobilisation de samedi et ses nombreux heurts n’était pas terminée que circulaient déjà sur Facebook des appels au rassemblement pour un « Acte 4 » selon la terminologie qui circule. Le mouvement des gilets jaunes, incontestablement propulsé par les outils du numériques, s’observe également depuis la toile. 

Comptez le nombre de participants et d’intéressés aux « événements » organisés par les groupes diffus de la colère jaune et vous aurez un premier baromètre pour samedi prochain. La terminologie employée indique aussi les différentes tendances : « Acte 4 - Tous à la Bastille ! », « Acte 4 : Tous à la place de l’Étoile », « Acte 4 : Macron Démission », « Acte 4 Paris Insurrection ! » ou encore l’événement « Acte 4 Blocage illimité Raffineries/Ports ». Prenons cet exemple. 

Il reprend la revendication de départ, celle de la pétition en ligne sobrement intitulée « pour une baisse du prix des carburants à la pompe » qui a fait peu de bruit mi-mai lorsqu’elle est apparue sur Change.org. Fin octobre ses 12 000 signataires lui valaient un article dans Le Parisien/Aujourd’Hui en France, puis les compteurs se sont emballés pour dépasser désormais le million. Est-ce à dire que les journalistes sont aussi désormais veilleurs de pétitions, l’oreille collée sur le bitume du web, à l’affût d’un bruit tam-tam numérique ? Forcément un petit peu. 

De fait les médias dits traditionnels font partie des corps intermédiaires qui sont enjambés par les dernières mobilisations spontanées, que ce soit les Gilets Jaunes, Nuit Debout mais aussi la surprise du hashtag  « PasDeVague » dans le monde des enseignants. Ils leur font donc surveiller la toile et tous ces feux potentiels, puis s’y plonger pour suivre les mouvements de foule numérique. Conséquence directe de la période de transition politique en cours, le corps médiatique doit se mettre en permanence à jour pour observer un débat public qui échappe aux grandes structures associatives, syndicales et partisanes ; surtout depuis que les hauts-parleurs surpuissants du net se transforment en faiseurs de rois, au Brésil, en Italie, aux Etats-Unis. 

Scruter les groupes de discussion sur Whatsapp ou Discorde, repérer des tendances sur Google Analytics, analyser tel ou tel détournement en images qui commence à prendre, éplucher le moindre like, smiley, ou partage de ceux qui sont identifiés comme des leaders ou plutôt des influencers d’un mouvement : telle est la tâche d’un data journalisme désormais totalement intégré. 

Une mutation déjà à l’œuvre au moment des révolutions arabes en 2011, avec les blogueurs et les chats en conversation cryptée, d’ailleurs les appels à mobilisation des Gilets Jaunes samedi reprennent le vocable de ces printemps arabe « Acte 4 Macron Dégage ! ». Mais la colère s’échauffe aussi en reprenant des exemples d’alternative comme l’Islande où le parti pirate (sans affiliation politique traditionnelle) s’est imposé comme une force politique de premier plan. 

Avec les Gilets Jaunes la mutation a franchi une étape de plus, la mobilisation court-circuite d’abord mais prend réellement son envol grâce l’appui médiatique qui amplifie les voix de la colère elle-même déjà amplifiée par les réseaux sociaux. Le média traditionnel devient alors acteur. 

Subsiste cet étonnant paradoxe d’un mouvement parti du numérique mais dont le socle serait les oubliés de la start-up nation

Chroniques

8H50
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