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Emmanuel Macron et Stéphane Bern

Loto du patrimoine, rien ne va plus ?

5 min
À retrouver dans l'émission

Que ce soit au grattage ou au tirage, le loto du patrimoine a soudain pris la forme d’un pavé.

Emmanuel Macron et Stéphane Bern
Emmanuel Macron et Stéphane Bern Crédits : CHRISTOPHE PETIT TESSON - AFP

Jusqu’ici c’était à un serpent de mer qu’on comparait cette initiative qui consiste, exceptionnellement, à utiliser la part que reverse la Française des Jeux à l’Etat, pour venir au secours de sites historiques en péril. Mais l’animateur Stéphane Bern, surnommé « Monsieur patrimoine », avait réussi dans le cadre de sa mission à concrétiser cette idée. 

Seulement à deux jours du lancement des billets du loto du patrimoine et des tickets de grattage « mission patrimoine », Stéphane Bern qui est loin d’être un hooligan, a soudain décidé de fissurer la vitrine. Dans un entretien publié ce samedi il menace de quitter sa mission avant la fin de l’année. Je le cite : « Si tout cela n’est qu’un effet d’annonce, je partirai. Je ne veux pas être un cache-misère. »

En cause une politique du patrimoine qui irait à l’encontre de ce que le chevalier Bern était venu défendre. Notamment ces sites qui dépendent de mairies de moins de deux mille habitants et qui constituent la moitié du patrimoine en danger. « J’entends qu’on est prêt à mobiliser 450 millions d’euros pour rénover le Grand Palais à Paris. Et pendant ce temps, on me laisse me décarcasser pour trouver 20 millions d’euros pour le patrimoine vernaculaire des petits villages » a-t-il lancé. 15 à 20 millions d’euros c’est en effet ce pourrait rapporter ce loto du patrimoine, une goûte d’eau au regard du budget consacré à la restauration de monuments historiques, 326 millions d’euros chaque année, mais qui ne viennent pas à bout du puits des projets en souffrance. Et Stéphane Bern de poursuivre la métaphore liquide, sur TF1.

Certes cette initiative a toujours été conçue comme l’un des volets de son action. Pas une solution miracle mais un rendez-vous pour fédérer les Français dans un élan populaire de défense du patrimoine, autour de de ce que Stéphane Bern appelle une « identité non hystérisée ». D’ailleurs les 18 sites sélectionnés pour être sauvés et les 250 autres destinés à recevoir de l’aide reflètent un patrimoine divers : château, église, bâtiment industriel ou rural, maison d’illustre comme celle d’Aimé Césaire à la Martinique ou de l’écrivain voyageur Pierre Loti en Charente Maritime.

Mais à quoi bon mobiliser les français si dans le même temps, se mène une politique en défaveur du patrimoine ? C’est ce qu’à exprimé Stéphane Bern à propos du la loi ELAN sur l’évolution du logement, de l’aménagement et du numérique  qui, selon lui, permettra « de détruire des quartiers entiers, protégés, sous prétexte qu’ils sont vétustes et dégradés » et qui assouplit les règles de rénovation en rendant les avis des Bâtiments de France non contraignants. Là-dessus le gouvernement a réagi, par la voix de la ministre de la Culture, comme du ministre de la cohésion des territoires Jacques Mézard : « Je crois qu'il y a eu incompréhension car Stéphane Bern et moi avons les mêmes objectifs » assure-t-il. Mais Stéphane Bern a peut être très bien compris ce que des architectes de renoms dénoncent d’ailleurs. 

Il s’agit en réalité moins d’une incompréhension, que d’un conflit de vision. Et « Monsieur Patrimoine » incarne ici, le refus de personnalités-vitrines de se réduire à des cautions d’une politique aux injonctions contradictoires. « Dans le monde réellement renversé, le vrai est un moment du faux » écrivait Guy Debord, et cette controverse est aussi la marque d'une sincérité impossible.

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