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La marionnette de Jacques Chirac

Les Guignols, chronique d’une mort annoncée

3 min
À retrouver dans l'émission

La suppression des Guignols, le rendez-vous satirique de Canal + qui aurait eu 30 ans en août, apparait comme un faire part de décès avec trois ans de retard.

La marionnette de Jacques Chirac
La marionnette de Jacques Chirac Crédits : FRANCOIS GUILLOT - AFP

En 2015, au moment de la reprise du groupe Canal par Vincent Bolloré, le journal Libération titrait déjà en une "A tchao Bonsoir". Echo du gimmick final de la marionnette PPD dans cette parodie grinçante de journal télévisé.

A ce moment-là le programme, dans le collimateur du repreneur, avait déjà failli disparaître. Ce sera d’abord l’illusion d’un sursis, après une vague de protestations : hashtag #Touchepasauxguignols, pétition en ligne, et soutient des politiques comme Alain Juppé, Manuel Valls ou le président alors en poste François Hollande qui estimait que "la caricature faisait partie du patrimoine". 

Les Guignols sont donc désormais enterrés, après avoir traîné trois ans sans sépulture, dans l’ombre fantomatique d’eux-même. 

Et de fait, il ne se trouve plus grand monde pour protester, l’heure est aux hommages et au partage nostalgique des meilleurs sketchs, la censure a fonctionné. Les Guignols étaient entrés dans un cycle de mort programmée, pour s’en débarrasser on ne pouvait pas mieux s’y prendre !

Retenez la recette : virer successivement les auteurs, les voix et le producteur historique de l’émission, bouleverser constamment le format et les horaires de diffusion, enfin imposer comme ligne directrice une "dérision acceptable" selon la formule de Vincent Bolloré. Résultat tout ce qui faisait toute la force humoristique des Guignols disparaît.

Exit les saynètes acides sur la politique, place à la satire gentille, affreux oxymore, pour traiter du foot, des icônes pop tels Kim Kardashian et Kev Adams, ou d’un vague speed dating entre Donal Trump et Kim Jong Un. Les Guignols nouvelle formule se devait être soi-disant une "multinationale du rire" (expression qui piétinait au passage les meilleurs sketches de sur la "World Compagny"), il n’en sera rien. En trois ans les audiences s’effondrent, divisés par dix au moins, de 2 millions à 150 000 téléspectateurs.

En 2015 le quotidien italien La Stampa, réagissait ainsi à la première mort des Guignols : “mal éduqués, grossiers, féroces, irrespectueux, irrésistibles. Qui a peur des Guignols ?". Et posait dans la foulée cette question : "la grande finance est-elle incompatible avec la satire ?". 

La réponse par la négative semble évidente même si dans une démocratie, elle le ne devrait pas. Les intérêts des grands tycoons ne pouvant interférer avec le contenu parce que celui-ci dérangent amis, partenaires ou soutiens. D’ailleurs ce n’est même pas rentable. 

La disparition des Guignols, cas d’école de censure économique, "Fail" prévisible ou organisé, nous met en tout état de cause en alerte, difficile comme le disait la marionnette PPD d’éteindre la télévision et de reprendre une activité normale.

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