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L'actrice Frances McDormand remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal pour le film "3 Billboards, Les panneaux de la vengeance".

Oscars et César, pouvoirs et limites de la tribune des récompenses

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Que se passe-t-il quand la parole engagée n’apparaît plus comme une disruption, un coup de gueule, une colère, mais qu’elle est attendue et prévue par le dispositif de la remise des prix ?

L'actrice Frances McDormand remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal pour le film "3 Billboards, Les panneaux de la vengeance".
L'actrice Frances McDormand remporte l'Oscar de la meilleure actrice dans un rôle principal pour le film "3 Billboards, Les panneaux de la vengeance". Crédits : Kevin Winter - Getty

C’était le cas pour ces 43ème César et ces 90ème Oscars. Les premiers de l’ère post-Westein, 5 mois après les accusations visant le producteur hollywoodien et déclenchant à l’échelle mondiale une vague de témoignages (#Me Too) ainsi qu’un levier d’action contre les violences sexistes (#Time’s up). 

Après les Golden Globes, les BAFTA au Royaume-Uni ou la récente Berlinale, tous marqués par la mobilisation féministe et le lancement de nouvelles initiatives, quelle serait l’étape des César et des Oscars ?

En France, où l’exception culturelle s’est aussi traduite par l’utilisation du hashtag #balance ton porc pour faire écho à #MeToo, forme de « touche française », nous avions comme du retard à rattraper après des mois de débats plus que d’actions. Il fallait ici aussi « faire date ». Ce que l’avant César a voulu montrer à travers la création d’un fonds d’aide aux victimes et une tribune réclamant une politique culturelle de quotas pour promouvoir l’égalité hommes-femmes. Restait la cérémonie en elle-même. Après le dress code noir des Golden Globes, la France a voulu elle aussi mettre en place une signalétique d’engagement sur tapis rouge. Ce fut le ruban blanc symbole de soutien contre les violences sexistes épinglé quasi à l’unanimité par les invités, mais ce fut assez rapidement aussi un « super fail ». L’agent et producteur Dominique Besnehard arborant le dit ruban après avoir déclaré un peu plus tôt qu’il avait envie de gifler la militante féministe Caroline de Haas…

Aux Oscars pas de dress code particulier sauf un pin’s « Never Again » contre les tueries récurrentes aux Etats-Unis qui font plus de victimes que le terrorisme. Le maître de cérémonie Jimmy Kimmel a pris acte des enjeux dès son discours d’ouverture, axé sur les défenseurs de « Me Too », « Time'sUp », et « Never Again » qui prendraient la parole pendant la soirée. Insistant sobrement sur la nécessité de « montrer le changement ». 

Aux César on tentait encore d’ironiser, et d’injecter du second degré. Pourquoi pas car il en manque parfois dans ce moment grave et important, mais sur la crête de l’humour post #MeToo les précipices sont nombreux. Le « moment balance ton porc » lancé par le maître de cérémonie Manu Payet, ou la vanne de la comédienne Laurence Arné au moment du prix du meilleur second rôle masculin, se scandalisant de ne voir que des hommes en lice et moquant la question des quotas, furent à mon sens autant de moments de gêne. Pendant ce temps-là aux Oscars, Emma Stone en remettait une couche pour annoncer les quatre hommes et une seule femme nommés dans la catégorie meilleur réalisation.

Frances McDormand sacrée meilleure actrice aux Oscars pour 3 Billboards a quant à elle fait si fort que son discours pourrait lui valoir un Emmy Awards en tant que grand moment de télévision (comme l'a souligné Jimmy Kimmel).

Un discours pour plus d’égalité à Hollywood où 11% des films seulement sont réalisés par des femmes, mais aussi pour défendre cette mesure « Inclusion Rider » qui permet à chaque acteur de faire valoir dans son contrat une clause de « diversité » concernant le film.

Discours de sororité et d’engagement, en miroir avec celui de Jeanne Balibar aux César, sacrée meilleure actrice pour Barbara, débordant volontairement son temps de parole et faisant le lien entre les victimes d’abus.

Aux César comme aux Oscars c’est ce qui s’est joué hors cadre, hors anticipation du conducteur, qui aura eu le plus de force. L'engagement calibré par le dispositif aura montré ses limites, ainsi que la rigolade convenue. A noter que le thème qui s'est invité spontanément dans les deux cérémonies est bien celui des migrants, des « dreamers », et, au sens large, du sort réservés aux « minorités ». Femmes inclues.

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