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Personages déssinés sur des boules en bois.

« La lutte des classes » : la mixité sociale reste une fiction

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Une fiction peut en cacher une autre… En l’occurrence dans le nouveau long métrage de Michel Leclerc et sa coscénariste Baya Kasmi, c’est la fiction de la mixité sociale à l’école qui est interrogée.

Personages déssinés sur des boules en bois.
Personages déssinés sur des boules en bois. Crédits : David Malan - Getty

« Pour qu’il y ait de la mixité il faut qu’il y ait de la mixité. Parce que si ce n’est pas de la mixité, hé bien ce n’est pas de la mixité. »

Cette sortie alambiquée du personnage d’Edouard Baer dans « La lutte des classes » résume le nuage brumeux qui entoure la notion de mixité sociale. Elle se pose alors comme une ambition rêvée, confrontée à une infinité d’ambiguïtés et de limites dans le réel.

C’est une fiction qui se joue d’abord dans la tête des protagonistes. Le couple incarné par Edouard Baer et Leila Beihkti s’est installé dans une maison en Seine Saint Denis à Bagnolet. Ils sont une image de la gentrification des quartiers populaires doublée de convictions « socialement conscientes » comme on dit - ou de gauche puisque c’est le sujet de prédilection du cinéma de Michel Leclerc depuis « Le nom des gens ». 

On l’a entendu dans l’extrait lorsqu’il s’agit pour ce couple d’expliquer à leurs fils Corentin pourquoi il restera à « Jean Jo » l’école publique Jean Jaurès et n’ira pas dans le privé à Saint Benoît, comme ses amis Jules et Milo : l’argumentation patine…Pourtant ils sont venus là, aux pieds des tours où la maman a grandi, avec cet idéal d’émancipation et d’égalité des chances. Elle est d’origine maghrébine, fille de la méritocratie républicaine (même si on a voulu l’orienter à l’époque vers un BTS couture), et aujourd’hui avocate elle veut que son fils aille dans le public…Pare ce que... Pare ce qu’elle y croit, comme son compagnon musicien.

Seulement, chaque matin la mixité sociale se fissure le long du chemin de l’école. Être blanc n’est pas une couleur, c’est une classe, et les parents des maisons montent dans leur voiture déposer les Milo et les Jules dans le privé, tandis que les parents des tours accompagnent les Ryan et les Hadama dans le public. Alors les convictions se compliquent. 

Il y a ces parents qui cèdent emportés par l’angoisse tyrannique des diplômes, et le fantasme de pouvoir maîtriser la réussite de leur progéniture. Et puis nos protagonistes, prêts à renier leurs convictions pour ne pas voir leur enfant souffrir d’être délaissés par ses camarades du public, ces « autres » sur qui ils projettent leur propre idée de la différence. Personne n’a raison ou tort, et le père du petit Ryan, vigile, est le premier à vouloir mettre son fils dans le privé où il pourrait mieux s’en sortir, mais il n’en a pas les moyens… 

La mixité est cette fiction de société idéale que personne ne sait définir au-delà des chiffres. Elle se tient peut-être dans un dosage complexe d’universalisme et de multiculturalisme, mais surtout elle reste profondément une fiction dans les quartiers populaires tant que l’école publique s’y effondre (au sens littéral dans le film). « Pourquoi nous on a des écoles pourries, des écoles de bougnoules ?» demandent les parents à la réunion parent-prof de Jean Jau’. On y annonce que « pour des raisons de sécurité le budget alloué à la rénovation de l’école va être utiliser pour renforcer la sécurité face aux attentats ». La différence de moyens et l’aporie du « vivre ensemble » restent, eux, bien réels. La prouesse du film est de parvenir à le dire dans une comédie qui fait de toutes ces ambivalences, le moteur d’un rire inclusif et réflexif.

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