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Le chanteur Jacques Higelin au Fnac Live festival à l'hôtel de ville à Paris, le 21 juillet 2013

Jacques Higelin, saltimbanque baudelairien

3 min
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C’est cette liberté absolue, qui explose les mélodies formatées de l’existence, et plus encore de la carrière, que nous perdons avec Jacques Higelin.

Le chanteur Jacques Higelin au Fnac Live festival à l'hôtel de ville à Paris, le 21 juillet 2013
Le chanteur Jacques Higelin au Fnac Live festival à l'hôtel de ville à Paris, le 21 juillet 2013 Crédits : SAMUEL BOIVIN - AFP

« La mort ce n’est désagréable que pour ceux qui restent », disait Jacques Higelin. C’était « désagréable » d’apprendre la sienne. C’était pire même. Comme à l’accoutumée, il faut des mots pour saluer l’artiste, même si de toute évidence chez Higelin « l’inclassabilité » (j’ose le barbarisme) résiste à la moindre tentative de définition cloîtrée. 

« Chanteur », « poète », « artiste populaire », « artiste monument », « artiste citoyen », « pionnier »,« dandy », « fou chantant » pour sa filiation avec son maître Charles Trénet, « punk », « rocker »… « Le vrai rocker français, c’était Higelin pas Johnny », lance l’ami et producteur Rodolphe Burger. Mais de tous ces mots je m’arrête sur le plus Baudelairien d’entre eux : « saltimbanque ». 

Le vieux Saltimbanque, dans le poème en prose de Baudelaire, est ce « vieil homme de lettres qui a survécu à la génération dont il fut le brillant amuseur », et dans baraque duquel « le monde oublieux ne veut plus entrer ». C’est un miroir cruel que se tend Baudelaire inquiet, et un regard critique qu’Higelin posera lui aussi sur son œuvre et sur sa personne, entrée dans l’âge de « vieillardise », comme il l’appelait.

Avec ce poème qui fait de Baudelaire un saltimbanque, s’ouvre une large confrérie à la laquelle Higelin appartient comme Bob Dylan. Dans son autobiographie publiée en 2015 « Flâner entre les intervalles », Higelin affirme : « un artiste ne doit pas se tenir à l’écart mais au milieu. Je ne suis pas le bouffon du roi, je suis le fou du peuple ! ». En 1971 sa conviction était la même, lorsqu’il improvise un concert dans un parc d’enfants, et annonce « je ne crois pas à ce qui se passe dans un lieu fermé (…) il faut intervenir dans la vie des gens ». 

C’est pourquoi le live a tant d’importance chez Higelin. Ouvrir les lieux en improvisant partout, ouvrir la langue, ouvrir le temps en débordant toujours les horaires des concerts et les horaires en général, ouvrir sa gueule. 

C’est cette liberté absolue, qui explose les mélodies formatées de l’existence, et plus encore de la carrière, que nous perdons avec Higelin. Et oui c’est « désagréable » pour reprendre l’euphémisme de départ. Qui comme le saltimbanque Higelin pour déjouer l’ennui de rencontres attendues ? 

Je me souviens de son arrivée en cours de route dans notre émission Ping Pong sur France Culture, et de son agacement à nous voir l’écouter en souriant bêtement. D’ailleurs, regardez les archives, qui ne souriait pas bêtement en écoutant Higelin ? Higelin libre de s’emporter, de s’excuser, de ne jamais prendre le chemin qui se présente mais d’inventer toujours une tangente. Libre de faire tout bifurquer dès les premières notes, ou les premières minutes d’une interview. Ecoutez-le chez Laure Adler en 2015. 

Jacques Higelin, "une belle fille à l’intérieur"… Une saltimbanque, et plus encore une chiffonnière. Comme ceux et celles qui inspirent la littérature du 19ème, lui qui disait "ramasser ce qui traîne sur la planète", et "mettre en relation des choses qui n’en ont aucune", ça lui va bien.

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