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« Le fil des jours », le tableau de l'artiste Laina Hadengue à l'origine de la fermeture de son compte Instagram.

« L’esthétiquement correct », nouvelle paranoïa ou censure réelle?

3 min
À retrouver dans l'émission

Des initiatives de veille sur les nouvelles censures artistiques se multiplient.

« Le fil des jours », le tableau de l'artiste Laina Hadengue à l'origine de la fermeture de son compte Instagram.
« Le fil des jours », le tableau de l'artiste Laina Hadengue à l'origine de la fermeture de son compte Instagram. Crédits : Laina Hadengue

Etrange hiatus que celui dans lequel nous nous trouvons : entre un potentiel de dévoilement décuplé et une inquiétude grandissante face à ce qui se cache. 

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Ce « on » de Dutronc en 1966 moque cette rumeur qui semble tout droit sortie des bistrots : il existe une vérité sciemment maintenue dans l’obscurité. Dutronc anticipe 50 ans plutôt l’esprit complotiste du temps présent, et met aussi le doigt sur une permanence humaine qui n’a pas attendu notre ère.

Reste qu’en ces temps de complots qui nourrissent les fausses informations en prétendant divulguer les vraies, crier à la censure a parfois une valeur ambiguë. Je parle bien sûr ici d’une situation qui concerne les démocraties tempérées, avec un libre accès à un internet, et une licence des mœurs. 

Pour autant, loin du complot ou de la rumeur populaire, il existe bel est bien un retour de la censure si l’on prend le cas des artistes. 

Comme le montre notamment Paul Ardenne, historien de l’Art, critique et commissaire d’exposition (« Talking About A Revolution » au 22 Visconti 75006 Paris), la censure se porte très bien. Si on égrène les signaux, l’heure n’est pas à la licence. 

Le perfomer russe Piotr Pavlenski, défendu entre autres par la metteuse en scène Ariane Mnouchkine, fait face à une détention prolongée et jugée disproportionnée à Fleury-Mérogis après une performance incendiaire à la banque de France. Un cas de censure corporatiste suscite également le débat, celui de Daniel Buren refusant à un artiste affichiste (comme lui à des débuts) d’exposer près de son œuvre Les deux plateaux plus communément appelée « Colonnes de Buren » au Palais Royal à Paris. Ce sont là des situations qui questionnent le climat actuel.

Plus franche en revanche est la censure (et son corollaire encore plus inquiétant l’auto-censure) qui à l’heure d’une numérique se traduit par une forme d’"esthétiquement correct". Ce sont les continuelles attaques anachroniques venues des réseaux sociaux où certains continuent de vouloir décrocher des œuvres « scandaleuses » qui avaient précisément dépassé la censure pour rejoindre les musées, ou des œuvres qui de leur temps ne l’étaient mais le seraient au regard d’aujourd’hui. Enfin c’est la censure algorithmique d’Instagram et de Facebook (entre autres) qui sévit, de L’Origine du monde de Courbet à la Vénus de Willendorf, une statuette représentant la déesse de la fécondité, vieille de 30.000 ans.

Les robots filtreurs « sabordent la culture » comme le dénonce l’artiste Laina Hadengue, elle aussi censurée d’Instagram pour un bout de sein sur l’une de ses ouvres. Pour ne se pas retrouver « dans un monde d’images sans pensées », elle vient de lancer un blog « Toute Licence pour l’art » ouvert aux témoignages de tous les artistes, écrivains et autres créateurs victimes de ces nouvelles formes de censures. 

Qu’est-ce qui est le plus dévastateur pour l’art et la culture : une pensée, parfois provocante et questionnante ou une pensée vide de sens, dérivant insensiblement vers l’absence de pensée? Interroge Laina Hadengue.

Il y a plus de vingt ans déjà, l'artiste catalan Antoni Muntadas mettait en place son File Room, une création destinée à documenter à l'échelle globale et via Internet tous les cas existants et ayant existé de censure dans le domaine culturel. Il semble qu'il soit aujourd’hui nécessaire de réactiver cette démarche de veille.

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