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NTM en concert à l'AccorHotels Arena à Paris, le 9 mars 2018

NTM, les Johnny du rap?

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Si NTM c’est toujours « d’la bombe bébé » qu’en est-il de sa charge contestataire ?

NTM en concert à l'AccorHotels Arena à Paris, le 9 mars 2018
NTM en concert à l'AccorHotels Arena à Paris, le 9 mars 2018 Crédits : David Wolff - Patrick - Getty

A l’heure où Bercy s’appelle désormais l’AccordHotels Arena et où le rap, premier genre musical au monde, serait devenu la nouvelle variété, les pionniers d’NTM ont mis le feu pendant trois jours de concert avec un corpus de titres qui n’ont rien perdu de leurs braises. Hasard du calendrier ces trois dates précédaient le congrès du FN auquel le groupe s’est historiquement attaqué. Si NTM c’est toujours « d’la bombe bébé » qu’en est-il de sa charge contestataire aujourd’hui ? 

Pour fêter les 30 ans du duo et les 102 ans réunis des MC Kool Shen et JoeyStarr, une tournée événement s’est donc ouverte avec trois dates toutes complètes en 9 minutes chrono. Mais qu’est-ce qui en fait un rendez-vous différent des tournées qui célèbrent l’âge d’or du Hip Hop depuis déjà quelques années? Du côté de la scène une énergie garantie sans naphtaline et des tableaux puissants. Du côté de la salle, une ferveur abrasive intacte. Le public a maintenant la quarante-cinquantaine, pour autant il fait toujours des doigts d’honneur au moment du morceau « Police ». 

Ce fameux titre extrait du 2ème album d’NTM « 1993… J’appuie sur la gâchette » que le groupe joue en 1995 lors d’un concert organisé par SOS Racisme pour protester contre l'élection d'un maire FN à Toulon. JoeyStarr l’introduit en criant sa haine de la police et de la justice. Le groupe sera d’abord condamné par le Tribunal Correctionnel de Toulon à 3 mois de prison ferme et 3 mois avec sursis, avant d’écoper en appel de 50 000 francs d’amende et 2 mois de sursis. Tenter de mettre des rappeurs en prison, alors qu’on avait tout au plus interdit de diffusion la verve anti-policière de Brassens c’était un signal politique. Le sociologue François Dubet signe alors un texte dans Libération : « ce n'est pas tant la liberté d'expression qui est en cause, que le refus de comprendre la violence d'une grande part de la vie sociale. En privant la rage et la haine des possibilités d'un discours public, on ne laissera plus que les actes à ceux qui sont à la fois ignorés et exclus » écrit-il. 

Quelques 20 ans plus tard, et 13 ans après l’embrasement des quartiers populaires en 2005, quel message portait NTM ? Si le titre « Police » figurait bien dans la « set list » des trois concerts parisiens pas de trace de « Plus Jamais ça ». Titre étendard contre l´extrême droite de Jean-Marie Le Pen où NTM voulait « pisser sur la flamme tricolore », appelant la jeunesse à ressaisir contre ceux qui tentent « de morceler la populace par leurs idées ».

Sur scène pour leurs 30 ans NTM n’aura pas fait dans la galvanisation politique. Juste quelques mots pour que la foule remballe ses portables « parce qu’un concert ça se vit », pour souligner l’actualité d’un titre comme « laisse pas trainer  ton fils », ou pour rappeler que « la différence entre blanc et noir ne se voit que dans les yeux des bâtards ». Au vrai l’option retenue aura été de laisser parler pour eux même les 25 titres choisis, de mettre à l’honneur le 9.3 (la Seine Saint-Denis) et de souligner par la danse, les images de graff ou le turntablisme des DJ, que le groupe est bien né de cette « contre-culture » du hip hop. Une manière de promouvoir aujourd’hui un rap toujours en tension, qui n’aurait rien à faire avec la variété mais peut-être bien plus avec un autre genre qui fut sauvage le rock. Avec NTM version 2018 c’est la charge artistique qui prime sur le politique. « Allumer le feu ».

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