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Séduction, peinture de Giovanni Cariani (1515). Wikipédia

Yann, dis Moix qui est la plus belle

3 min
À retrouver dans l'émission

Avec #MeToo, on avait fait un grand pas vers l'affranchissement des femmes et la fin des représentations archaïques de la féminité. Heureusement, Yann Moix est courageusement venu remettre les pendules à l'heure pour nous rappeler qui a le droit de décider ce qu'est une femme désirable.

Séduction, peinture de Giovanni Cariani (1515). Wikipédia
Séduction, peinture de Giovanni Cariani (1515). Wikipédia

La métaphore s’est imposée il y un peu plus d’un an, lorsque le mouvement #MeToo contre les violences sexuelles et sexistes a déferlé vers un horizon d’égalité. Au-delà des affaires, il était question, au loin, d’emporter les imaginaires vers un temps nouveau où les femmes cesseraient d’être des bouts de viande, et les hommes pourraient être des hommes sans les considérer comme telles. 

Et puis parmi une infinité d’autres reflux, il y a eu la pathétique interview d’un écrivain cathodique en promo dans un journal féminin en manque de buzz. Il y sera question, parmi d’autres considérations essentialistes sur les asiatiques, ou arriérées sur l’éducation des enfants, de défendre un goût pour les femmes de 25 ans car : "celles de 50 sont « invisibles »". Et puis : « Un corps de femme de 25 ans, c'est extraordinaire. Le corps d'une femme de 50 ans n'est pas extraordinaire du tout.» 

Une opinion certes personnelle mais somme toute assez banale dans un monde où précisément ces femmes de 50 ans sont rendues invisibles. Je l’avais évoqué ici, au cinéma les femmes de 50 ans disparaissent soudainement, à moins de faire 10 ou 20 ans de moins ou alors de se positionner sur un créneau jeune senior.  

C’est ce fond de représentations bien archaïques qui s’est réveillé alors, croyant montrer que les temps avaient changé. Là où les préférences d’un homme, dont les livres sont obsédés par le sexe et la mort, auraient pu rester à l’état gazeux (et j’en conviens puant), une faille s’est ré-ouverte sous le torrent de réactions en réseau. On a voulu défendre cette chair quinquagénaire comme désirable. Seulement, parfois fesses à l’appui, et dans une iconographie toujours plus conforme aux stéréotypes d’un temps qui ne passe pas, le sujet n’était à nouveau plus qu’un corps. Et revoilà la femme en morceaux ! 

La riposte était tentante bien sûr, et après un mouvement désigné comme « la libération de la parole des femmes », pourquoi se taire ? Et pourquoi dénigrer telles ou telles réactions ? 

Mais ce qui est ressorti de cette riposte nous ramenait pourtant à ces temps où la femme n’est qu’un objet ou non de désir. Quant à l’intéressé, il lui restait à se mettre sous la vielle protection du point Godwin : « J'aurais milité pour la résurrection d'Hitler, j'aurais eu moins de problèmes je crois », ou encore : « Il n’y a pas de Nuremberg du goût ». 

Au vrai, encore plus banal et insultant que le tri des femmes en fonction de la fraîcheur de la chair dans un grand super marché relationnel, il se manifestait dans l’interview de Yann Moix un autre reliquat de domination ancestrale. C’est l’écrivaine et éditorialiste Zoé Williams qui l’a pointé dans le quotidien anglais The Guardian. Ce n’est peut être pas tant pour la fermeté de leur corps que certains hommes préfèrent les femmes plus jeunes : mais pour l’admiration qu’ils peuvent susciter chez elles. Cet espace de supériorité où il y a moins à craindre car l’on peut rester celui qui sait (et par extension celui qui décide).  Simone de Beauvoir disait : « Une femme qui n'a pas peur des hommes leur fait peur ». La force de la vague c’est de montrer qu’il va falloir faire avec cette intrépidité. 

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