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Vittorio Taviani en 2012 à la Villa Medicis à Rome

Vittorio Taviani, le langage qui libère

4 min
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Avec la mort de Vittorio Taviani, ce n’est pas seulement un grand cinéaste italien que nous perdons, mais une des plus belles écritures à quatre mains de l’histoire du cinéma.

Vittorio Taviani en 2012 à la Villa Medicis à Rome
Vittorio Taviani en 2012 à la Villa Medicis à Rome Crédits : Ernesto Ruscio - Getty

Comme les frères Dardenne, les frères Larrieu, ou les frères devenus les sœurs Wachowski, Vittorio formait avec son cadet de deux ans, Paolo, une instance créative bicéphale. Ils se comparaient au café au lait : « impossible de dire où finit le café et où commence le lait ! » ! 

De cette gémellité, le grand citrique Serge Daney disait que c’était « un cinéma qui marche sur deux jambes, un récit qui met toujours le temps de son côté, qui le dilate ou le contracte à volonté…»

Parmi la quinzaine de longs-métrages qu’ils ont formulé ensemble, « Padre padrone », Palme d’or en 1977 au Festival de Cannes sous la présidence de leur grand inspirateur le cinéaste néoréaliste Roberto Rosselini, reste une clef, parce que le film concentre leur rapport à l’utopie et à l’affranchissement. Mais aussi leur écriture de l’intériorité par l’extériorité des paysages, et enfin leur transformation de la source littéraire qui les irrigue, en un nouveau langage. A propos du récit autobiographique de Gavino Ledda, que les frères Taviani décident d’adapter avant même sa parution ils déclareront : « il s'agissait de détruire le livre et de le recomposer à l'écran. »

Quel est ce « Padre padrone » ce « père patron » ? L’histoire d’un enfant des pâturages sardes, forcé de quitter prématurément l’école sur décision de son père, paysan frustré et tyrannique, qui veut le reprendre auprès du troupeau.

Non, la pauvreté n’est pas obligatoire. L’enfant grandit dans la maltraitance et ce grand silence, celui de la misère intellectuelle et sociale, jusqu’à trouver littéralement son langage. Avec l’aide d’un camarade au service militaire, il sort de l’analphabétisme, et prend conscience de sa domination. Le langage lui donne les armes de la libération (il en deviendra même linguiste), tout comme le langage cinématographique des frères Taviani, film après film, libère de dominations multiples. 

Avec La Nuit de San Lorenzo en 1982, ce sont des villageois toscans, comme les frères Taviani, qui vont refuser les injonctions nazies à la fin de la seconde guerre mondiale, échapper ainsi au massacre perpétré dans l’église du village, et se livrer au combat contre les fascistes aux côtés de la Résistance. 30 ans plus tard, l’affranchissement encore et toujours guide les Taviani avec César doit mourir, et ces prisonniers qui travaillent à l’adaptation d’une pièce de Shakespeare. Ours d’or à Berlin, le film raconte comment le théâtre, et le langage à nouveau, libèrent les détenus tout comme ils leur font prendre conscience de leur enfermement. « Jamais on ne capitule » clament les Taviani à l’époque « Nous avons toujours le même instinct de rébellion ».

Et si leur documentaire Un autre monde est possible accompagne la contestation alter-mondialiste en marge du G8 de Gênes en 2001, on aurait tort de réduire cette rébellion à des thèmes sociaux uniquement. C’est bien un langage cinématographique insurgé, y compris à l’égard des œuvres qui leur sont chères, Shakespeare, Pirandello avec Kaos, ou encore Goethe avec Les affinités électives qu’inventent ensemble les Taviani. Inventer son langage, toute la libération réside donc là... Et par ce biais, on touche à la vérité. « La teneur de la vérité », comme le disait Walter Benjamin à propos de ce même roman de Goethe, et pas la « teneur chosale », prisonnière du commentaire.

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