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Franck Dubosc à la rencontre des Gilets jaunes avant son spectacle le 15 décembre 2018

Après la France des ronds points, la France des multiplexes ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Quelles fractures culturelles révèle le mouvement social des "gilets jaunes" ? Et pourquoi les artistes sont-ils « sommés » de répondre à cette crise ?

Franck Dubosc à la rencontre des Gilets jaunes avant son spectacle le 15 décembre 2018
Franck Dubosc à la rencontre des Gilets jaunes avant son spectacle le 15 décembre 2018 Crédits : PHOTOPQR/L'EST-ECLAIR/LUDOVIC PETIOT - Maxppp

La scène se déroule sur le parking de la salle de spectacle Micropolis dans l’agglomération de Besançon, l’humoriste Franck Dubosc répond à une cinquantaine de "gilets jaunes". Ils réclament un «  geste » des artistes ; une collecte de dons pour les frais d’avocats de ceux et celles qui auraient été victimes d’arrestations abusives. 

Franck Dubosc comme d’autres a soutenu les "gilets jaunes" puis pris ses distances face au virage haineux du mouvement, avant de revenir sur « l’erreur d’un homme qui a eu peur ». Mais la question « et vous les artistes que faites-vous pour nous ? » dépasse le cadre de cet échange, diffusé par ailleurs en Facebook live sur le compte d’un des manifestants. 

L’image de l’humoriste, derrière la grille du parking, annonçant que des actions de soutien sont en train de se mettre en place, ressemble à d’autres images de pourparlers, ce pourrait être celles d’une lutte syndicale dans un film de Stéphane Brizé. Il y a désormais une interpellation des artistes avec ce refrain qui monte : pourquoi ne les entend-t-on pas davantage ? 

Ou plus précisément, pourquoi cette fronde populaire ne trouve-t-elle pas plus d’écho dans ce qui est rapidement désigné comme l’élite culturelle ?  Y a-t-il alors le reflet lointain du jogging orange satiné de Dany Boon brillant sur la scène des Césars pour dénoncer le mépris de l’Académie à l’égard des comédies populaires ? 

Ce qui apparaîtrait c’est donc cette fracture entre deux mondes culturels. Pour résumer : la France des VO en centre-ville et la France VF des multiplex posés sur des parkings. Les artistes du peuple (Franck Dubosc mais aussi Anny Duperey, Gérald Dahan, Philippe Lellouche, Kaaris ou Jean-Michel Jarre) qui ont montré leur solidarité avec les "gilets jaunes" et les artistes d’une classe éduquée et privilégiée sui sont restés plus silencieux... En toile de fond cette question : que fait la politique culturelle pour les « empêchés » de la culture ? Nouvel élément de Novlangue qui désigne une classe moyenne qui n’est pas, comme d’autres publics, victime de « ségrégation culturelle », mais éloignée des institutions culturelles.

Bien sûr une forme de lutte des classes culturelles se dessine, et c’est un enjeu de politique culturelle mais aussi d’aménagement du territoire et d’accès aux services publics. Bien sûr, comme on a pu le lire sous la plume d’Edouard Louis, il existe un mépris à l’égard de ce peuple invisible qu’on est toujours prompt à défende sauf quand il cesse de se comporter comme il faut. L’écrivaine Annie Ernaux parlant d’une « déroute des intellectuels face à un mouvement qui n’est pas issu de la population parisienne, cultivée, avertie et politisée ». « Si le mot d’ordre, c’est de faire société, on voit bien qu’on en est encore très loin : on veut bien faire société avec ses semblables mais surtout pas avec ceux qui ne nous ressemblent pas » écrit-elle dans Télérama

Mais n’y a-t-il pas à un effet pervers à insister sur cette opposition ? A oublier ceux qui sont dans l’interstice ? 

Les artistes qui réclament le temps de la fiction pour comprendre, pour formuler, comme le cinéaste Stéphane Brizé par exemple, qui a très justement su capter cette rage sociale. Les artistes qui s’interrogent aussi sur cette ambivalence, un moment dont on sait qu’il sonne le temps de l’égalité, mais un mouvement dont on ne sait vers quelles dérives politiques il peut nous conduire. 

Ainsi la metteuse en scène Ariane Mnouchkine dit : « notre silence (nous, artistes) est celui de ceux qui voit passer un cheval emballé. Il se passe quelque chose d’historique, mais jusqu’où la démocratie peut se mettre en danger ? ». 

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