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"Portrait of an artist" de David Hockney

Marché de l’art, quid du pouvoir d’achat des institutions publiques ?

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La vente record du tableau de David Hockney « Portrait of Artist », qui s’est envolé à 90,3 millions de dollars chez Christie’s, envoie plusieurs signaux qui méritent d’être interceptés.

"Portrait of an artist" de David Hockney
"Portrait of an artist" de David Hockney Crédits : Anthony WALLACE / AFP - AFP

Si David Hockney devient l’artiste vivant le plus cher, détrônant Jeff Koons, c’est au-delà de la calculette, un symbole qui a son importance. La place déterminante de David Hockney dans l’histoire de l’art, et la dimension iconique de cette oeuvre s’en trouvent soulignées. Mais aussi le retour en force de la figuration, avec un autre record atteint cette fois par une toile d’Edward Hopper, « Chop Suey », à 91,8 millions de dollars. 

C’est le signe d’une évolution du goût du marché, où une certaine avant-garde ne fait plus loi. Mais aussi une résonance en creux au plébiscite du public, les expositions Hooper au Grand Palais et Hockney au Centre Pompidou, ayant respectivement rassemblés 784 000 et 621 000 visiteurs. 

Partant de là, une question s’est aussi faite jour : quelles institutions publiques pourraient aujourd’hui se payer un Hockney ? Et ces chefs-d’œuvres ne sont-ils pas voués à atterrir systématiquement chez les collectionneurs privés ou dans les grandes fondations ? Le centre Pompidou ne possédait au moment de l’exposition Hockney qu’un autoportrait au fusain… C’est Hockney lui même qui a ensuite fait cadeau au Centre d’un immense tableau « The arrival of Spring in Woldgate ». 

Bien sûr le budget d’achat des grandes institutions publiques ne peut en rien rivaliser avec les géants du privé. Et l’explosion des coûts liés au transports et aux assurances rend en outre la compétition très rude. De plus, nombre de directeur et de directrices de musées doivent développer leur compétence dans un secteur pour lequel ils n’ont parfois ni le temps ni la formation : le mécénat.

Mais la problématique ainsi posée est en trompe-l’œil. Et relève d’une opposition binaire entre publique et privé. 

D’abord parce que les institutions publiques sont assises sur un trésor. Si l’on fait état des grandes ventes aux enchères, on n’entend moins parler des donations spectaculaires. Le fonds, les collections permanentes des grandes institutions, placent des pays comme la France, l’Angleterre ou l’Allemagne en positions de force. Ce sont eux les grands prêteurs et les fonds de ces grandes institutions sont incomparables avec ceux des fondations privés. 

Ni même avec ceux d’autres pays, comme la Chine ou le Mexique où l’essentiel du patrimoine valorise un art national. La France a la plus grande collection d’art au monde et une collection à la fois éclectique et internationale. De plus elle ne peut céder ni revendre ses trésors, car ici, contrairement aux Etats-Unis, le statut des œuvres est inaliénable. Il faudra néanmoins discuter de celles dont la possession relève d’une spoliation, mais c’est un autre enjeu, celui de la restitution des biens, au cœur du rapport qui sera remis ce vendredi. 

Enfin autre point essentiel : ce trésor a une valeur exponentielle. Cette enveloppe publique dédiée à l’acquisition peut paraître ridicule au regard des moyens du privé, mais depuis les années 80, c’est une économie qui, grâce à l’acuité des curateurs, a eu pour effet de financer l’art de son temps et pas le patrimoine établi ou les effets de mode. Résultat des choix audacieux dont la valeur s’est démultipliée. Des choix parfois plus transgressifs aussi. 

Une fois cette base posée, reste à défendre les moyens publics, ouvrir la discussion avec le privé pour équilibrer les rapports de force, mais aussi et surtout promouvoir une meilleure circulation de ces trésors sur les territoires. 

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