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Meron Eren tient une lettre antisémite du compositeur Richard Wagner

Oubliera-t-on un jour pourquoi Wagner "donne envie d’envahir la Pologne" ?

3 min
À retrouver dans l'émission

Dans un contexte d’étiolement de la mémoire des crimes nazis et de réédition de textes antisémites, une lettre du compositeur favori d’Hitler, Richard Wagner, est mise aux enchères.

Meron Eren tient une lettre antisémite du compositeur Richard Wagner
Meron Eren tient une lettre antisémite du compositeur Richard Wagner Crédits : MENAHEM KAHANA - AFP

Vous connaissez la formule de Woody Allen dans Meurtre mystérieux à Manhattan : « quand j’écoute trop Wagner, j’ai envie d’envahir la Pologne »… Peut-être que cette saillie, digne d’une nouvelle anthologie de l’humour noir, échappera un jour à la compréhension. 

Il y a bien sûr quelque chose d’étrange à voir cette photo, où Meron Eren, propriétaire de la maison d’enchères Kedem à Jérusalem, présente avec un grand sourire la lettre antisémite que Wagner a envoyée au philosophe, poète et critique français Edouard Schuré. Dans cette missive datée du 25 avril 1869, le compositeur évoque la réception de son pamphlet « Judaïsme dans la musique » publié d’abord anonymement, et montre toute son intention de voir ses thèses antisémites acceptées par le public français. 

Le nazisme n’est pas encore advenu, l’idéologie elle est en germe, et court sous les mots hideux de Wagner. "Le Français connaît très peu de choses sur les juifs", écrit-il à Schuré, affirmant que l'assimilation juive dans la société française empêche de voir je cite "l'influence corrosive de l'esprit juif sur la culture moderne". Alors pourquoi ce sourire ? Dans un pays où les représentations publiques de Wagner sont encore boycottées. Pour Meron Eren qui met donc cette lettre aux enchères : c’est un pied de nez à l’Histoire. Il estime que « si Wagner savait qu'un juif barbu à Jérusalem faisait des affaires avec sa lettre, il se retournerait dans sa tombe » ! Nouveau trait d’humour noir ?   

Comment le prendre dans le contexte qui est le nôtre?  A savoir la controverse sur la réédition des pamphlets antisémites de Céline, à laquelle Gallimard a renoncé, et contre laquelle Serge Klarsfeld, combattant de la mémoire, s’est engagé arguant que « les auteurs de textes antijuifs pourraient s'en donner à cœur joie si ces pamphlets étaient réédités et légitimés par un éditeur prestigieux ». Ce contexte qui est aussi la  publication d'une anthologie complaisante du père de la droite antidreyfusarde, Charles Maurras. Quelle différence? Les mots de Wagner refont ici surface, non pas pour être partagés, mais pour fendre d’un coup le tissu oublieux du présent. Et la vente aux enchères de cette lettre antisémite de Wagner agit comme une brûlante piqûre de rappel. 

Pour la journée internationale dédiée aux victimes de l’holocauste la semaine dernière, une enquête relayée par le New York Times montrait l’érosion de la mémoire du génocide juif après 70 ans de lutte contre l’oubli. 41% des 18-34 ans aux Etats-Unis pensent que la Shoah a fait 2 millions et pas 6 millions de morts, 66% de ces même 18-34 ans ne savent pas ce qu’était le camp d’extermination d’Auschwitz, et ils sont 52% à croire qu’Hitler a pris le pouvoir par la force. Non, Hitler a bien été élu… Et après des décennies de discours antisémites qui se répandaient déjà près d’un siècle avant l’holocauste. C’est ce que nous redit cette lettre de Wagner. A l’heure où les rengaines antisémites résonnent de nouveau, notamment en Pologne, elle nous redit cette lettre que la pire des plaisanteries de l’Histoire, serait d’oublier que tout a commencé dans la musique nauséabonde des mots.

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