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Roberto Saviano à Milan en juillet 2017

Roberto Saviano, l’insulte salutaire

3 min
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Il faut parfois descendre dans l’arène de la communication politique pour révéler toute la monstruosité de son spectacle.

Roberto Saviano à Milan en juillet 2017
Roberto Saviano à Milan en juillet 2017 Crédits : Rosdiana Ciaravolo - Getty

Roberto Saviano, 38 ans, sous protection policière depuis 11 ans, avait voulu par le livre s’attaquer à la Mafia napolitaine. Gomorra, vendu à plus de 4 millions d’exemplaires et traduit dans 42 pays, n’aura pour autant pas fait chuter l’organisation criminelle qui continue de menacer la sécurité des Italiens.

Mais de cet enjeu-là il n’est pas question dans un pays, qui est en campagne électorale depuis 2013. C’est-à-dire, comme le souligne Saviano dans une tribune publiée par Le Monde, un pays où tout est communication politique. Un espace médiatique assiégé de fausses solutions. Un théâtre où l’on s’échine par exemple à désigner les migrants comme des ennemis. Ceux qui arrivent, et par ricochet, ceux qui sont arrivés. Dans ce contexte, le ministre de l’intérieur italien, Matteo Salvini, peut oser cette formule exubérante de cynisme « pour les migrants la fête est finie ». 

Quand on sait les drames qui attendent ceux qui tentent dans de frêles embarcations surchargées de rejoindre l’Europe, quand on sait la violence qui les assaille une fois le pied posé à terre, quand on sait le sort d’esclave qui leur est réservé par le prestataire libyen, qui peut bien parler de fête ? 

Pour le romancier qu’est Saviano, un premier combat se mène alors par la langue. Cette image par exemple : « Quand, dans cent ans, on sondera les fonds de ce petit bout de Méditerranée et qu’on y trouvera des centaines de corps humains, on se demandera quelle guerre s’est jouée là », écrit-il. C’est aussi un combat argumentatif comme l’illustre cette analyse imparable je le cite encore  « tant qu’il y aura des personnes pour vouloir quitter l’Afrique et venir en Europe, en l’absence de moyens légaux de le faire, il y aura des personnes pour prendre leur argent et les y conduire ».

Mais aujourd’hui Roberto Saviano est aussi cet écrivain face caméra qui traite ce ministre de l’intérieur italien de « bouffon » dans une vidéo Facebook.

https://www.actualitte.com/article/monde-edition/retirer-la-protection-de-saviano-serait-gravissime-antoine-gallimard/89524

« Durant ces années, j’ai subi une énorme pression, celle du clan Casalesi, la pression des narcotrafiquants mexicains. J’ai plus peur de vivre comme ça que de mourir de la sorte. Et ainsi, tu crois que, moi, je puisse avoir peur de toi ? Bouffon… »

Pour que Roberto Saviano en vienne là, après avoir dénoncé les travers d’un débat gangréné par les réseaux sociaux, il aura fallu une ultime réplique de ce mauvais théâtre politique. Matteo Salvini le ministre de l’intérieur affilié à la Ligue d’extrême droite, menaçant de lever sa protection policière. Ce qui serait « gravissime » comme l’a rappelé Antoine Gallimard, l’éditeur français de Saviano.

En insinuant que l’argent du contribuable italien serait mal dépensé en protégeant Saviano, le ministre de l’intérieur franchit en effet une nouvelle ligne. Alors le romancier est descendu dans l’arène. Il est entré dans le feuilleton des petites phrases et des insultes. Il a même attaqué à son tour, évoquant les liens de Matteo Salvini avec la mafia calabraise. Par ce geste, Roberto Saviano montre qu’aussi mauvais soit le spectacle, dans un pays où les citoyens en sont poussés à s’armer les uns contre les autres, il devient urgent d’entrer en scène.

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