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Tête d'or de Toutankhamon

Toutânkhamon : au-delà du show, l’exposition comme rituel

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Comment la contemplation d’un trésor a-t-elle pu devenir une expérience mystique ?

Tête d'or de Toutankhamon
Tête d'or de Toutankhamon Crédits : MOHAMED EL-SHAHED - AFP

Comment expliquer une telle fascination pour Toutankhamon, ce roitelet mort à 18 ans d’une fracture ouverte, fils d’un Pharaon bien plus iconique qui a révolutionné les arts et le culte, j’ai nommé Akhenaton ? 

Que va-t-on vraiment voir lorsque qu’on se rend à l’exposition « Toutankhamon. Le trésor du pharaon » à la Grande Halle de la Villette ? 

Bien sûr, un demi siècle après celle du Petit Palais inaugurée par André Malraux, ce ne sont plus 50 mais 150 pièces du tombeau qui sont présentées. L’argument garantit en soi une expérience inédite en France.

L’exposition est, disons-le, un événement historique instantané. 

Après Los Angeles, avant Londres, Sydney et six autres villes, le plus grand trésor de tous les temps fait pour la dernière fois étape à Paris. Le pharaon en tournée d’adieu enregistre déjà 150 000 billets pré-vendus, et pourrait battre son record de 1967 et ses 1,24 millions de visiteurs. Et ce, malgré l’absence de deux élément majeurs du trésor découverts dans sa tombe, la momie du pharaon et le célèbre masque funéraire de 111 kilos d’or, qui ne font pas partie du voyage.

Au-delà de certaines pièces, à voir pour la première et dernière fois en France, et au-delà de cette dimension Guinness book, l’exposition dépasse son statut d’évènement pour s’élever à l’état de rite.

Bien sûr, à l’heure des tendances immersives de la culture, tout est pensé pour vibrer encore plus que pour voir. Le spectacle commence dès la première salle, avec un film introductif qui promet aux visiteurs de revivre, un siècle plus tard, le choc qui fut celui de l’égyptologue britannique Howard Carter devant la première tombe inviolée de l’Égypte antique. Il s’agit d’entrer comme lui là où personne n’avait pénétré depuis 3300 ans, et de découvrir comme lui, dans le noir et à la bougie, l’un des vestiges les plus impressionnants de cette civilisation immémorielle. Un empire qui à l’ère de Toutankhamon, est alors le plus puissant de la planète.

Le film prévient : dans l’Égypte ancienne, on meurt deux fois, une première fois physiquement et une deuxième lorsque votre nom est prononcé pour la dernière fois par ceux qui sont restés sur Terre. Toutankhamon, dont le nom rayonne plus que tous les autres pharaons dans notre monde, a donc acquis, à ce titre son immortalité. C’est à la fois avec l’universalité de la culture et avec l’éternité que les visiteurs ont rendez-vous. 

La visite du trésor de Toutankhamon reste en vérité une inégalable expérience de dévoilement. En 1967 Malraux évoquait déjà sa puissance mystique.

On pourrait passer des heures à décrire la beauté extraordinaire, le raffinement inégalable de ces lits, de ces armes, de ces barques, de ces bijoux, de ces statues. Mais tout réside dans le fait que ces trésors que nous voyons ne devaient précisément être vus par personne. De face comme de dos, ils symbolisent une définition complète de la vie envoyée pour vaincre la mort. 

C’est un art sans autre regardeur que l’éternité qui s’offre au visiteur. Le contemplant, nous éprouvons un vertige, celui de quitter l’expérience de la culture comme loisir, pour rencontrer la culture même, dont Malraux disait qu’elle est « l’ensemble des réponses mystérieuses que peut se faire un homme lorsqu’il regarde dans une glace ce qui sera son visage de mort ».

Chroniques

8H50
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