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Le temps est-il venu de supprimer Facebook ?

4 min
À retrouver dans l'émission

Après le scandale de Cambridge Analytica, le mouvement #deleteFacebook prend une ampleur inédite.

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Logo Facebook Crédits : NASIR KACHROO / NURPHOTO - AFP

Quitter ou ne pas quitter Facebook? Tel est le dilemme existentiel après le scandale Cambridge Analytica, ayant révélé le siphonnage des données personnelles de 50 millions d’utilisateurs de Facebook à leur insu, pour influencer la dernière élection présidentielle américaine. 

Un vent de révolte digitale souffle depuis, avec le lancement du hashtag « #deleteFacebook » ou « #supprimez Facebook »,  initié par Brian Acton, cofondateur de l’application WhatsApp, rachetée par « le livre de visages » en 2014. « Le moment est venu, #supprimez Facebook », a t-il tweeté à ses dizaines de milliers d’abonnés. 

Ce n’est évidemment pas la première fois que des appels à quitter Facebook sont lancés, mais comme le note le New York Times, la réaction des utilisateurs de Facebook est « inhabituellement forte ». Et ce vendredi, le mouvement connaissait un coup d’accélérateur médiatique lorsque l’entrepreneur Elon Musk - mis au défi par un internaute – a annoncé la suppression des pages Facebook de ses deux entreprises, SpaceX et Tesla.   

Fermer ou ne pas fermer son compte Facebook : la question a longtemps été diffuse, mais l’affaire de Cambridge Analytica apparaît bien comme le déclencheur, le trop-plein, qui la repose de manière inédite. Notamment parce que pour fois, ce climat de défiance affecte le capital du réseau social qui a perdu 14% en Bourse cette semaine, et plus de 50 milliards de dollars de capitalisation boursière. 

Le fondateur de Facebook, Mack Zuckerberg, ne s’y est pas trompé et s’est offert une page de communication de crise dans six journaux britanniques et trois journaux américains ce dimanche. Un exemple d’auto-flagellation, je cite : « Nous avons une responsabilité : protéger vos données. Si nous n'y parvenons pas, nous ne les méritons pas ». Quand on va se faire larguer, autant prendre les devants, c’est bien connu.   

Quitter ou ne pas quitter Facebook, pris comme nouveau dilemme existentiel, peut bien sûr paraître démesuré. Et quand la chanteuse Cher, annonçant, la fermeture de son compte, parle d’ « un décision très dure » à prendre, j’ai spontanément envie de rire.   

Pourtant, force est de constater que la situation nous pousse à mesurer l’état de servitude volontaire dans lequel nous étions plongés. Elle nous renvoie à ce récit consenti de nos vies et de nos pensées, à ces paquets de données livrées en cochant des conditions que nous n’avions pas envie de lire. 

En échange de quoi ? Un peu de récompense « réputationnelle » au gré des likes ? Un peu de confort pour se connecter directement à des applications depuis notre compte ? Un peu plus de lien avec des connaissances ou une famille éloignée ? Au vrai, comme le montrait une étude danoise publiée en 2015, les participants privés de Facebook pendant une semaine se sentent « plus heureux, moins seuls, et moins déprimés » que ceux qui continuent à utiliser le réseau social.   

Ce n’est pas simplement une question de données, auquel cas vous pourriez désactiver la plateforme de partage de données dans les paramètres. Non c’est une question de « liberté de l’attention ». Comme le résumait James Williams, ex-employé à la stratégie publicitaire chez Google, sur son lit de mort personne ne s’est jamais dit : « j’aurais aimé passer plus de temps sur Facebook ». 

Et nous devons nous interroger sur cette distraction massive consentie par chacun des utilisateurs et organisée au-delà de Facebook par nombre de technologies digitales. Aldous Huxley disait de son époque qu’elle avait échouée à prendre en compte l'appétit infini des hommes pour la distraction. Reconquérir le libre arbitre de notre attention, reste en effet une question majeure.   

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