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Henry Chapier à Marrakech en décembre 2011

Henry Chapier, combattant de la culture

4 min
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Impossible, dans toutes les vies d’Henry Chapier, de ne pas y voir cette constante : le combat. Et la culture comme arme libératrice.

Henry Chapier à Marrakech en décembre 2011
Henry Chapier à Marrakech en décembre 2011 Crédits : VALERY HACHE / AFP - AFP

La première fois que j’ai vu Henry Chapier nous avions rendez-vous à la Gay Pride, c’était en 2004, nous menions ensemble une série d’interviews instantanées dans les cortèges. A dire vrai la première fois que je l’avais vu c’était à la télévision, comme tout le monde, avec le Divan. Cette émission qui allait révéler, aux artistes eux-même, l’archéologie de leur vocation. Henry Chapier, lecteur de Freud à 13 ans, était bien sûr l’homme de cette question : « quel enfant étiez vous à 7 ans ? »

Arrivée de Roumanie à la fin des années 40, Henry Chapier avait décidé, face au rejet xénophobe qu’il subissait, d’être comme tout le monde. Il écrit dans sa biographie « Version Originale » en 2012 : « Mon objectif était de ressembler aux millions de Dupont qui m’entouraient sans proclamer ma différence, ni croire naïvement que ma mission consistait à changer la société ou encore à bouleverser les mœurs. » Pourtant, difficile d’imaginer Dupont plus singulier. Et impossible, dans toutes les vies d’Henry Chapier, de ne pas y voir cette constante : le combat. 

Celui-là même qui le pousse en 1959 dans la revue du même nom cofondée par Albert Camus. Henry Chapier y devient rédacteur en chef des pages cultures, et y mène, en 1968, une campagne d’activisme culturel, ouvrant les colonnes du journal aux cinéastes du monde entier, pendant trois mois, jusqu’à la réintégration du directeur renvoyé de la cinémathèque Henri Langlois. 

Le cinéma comme une lutte, il le théorise en 2003 dans son ouvrage « Pour un cinéma de combat ». Il le défend encore sur notre antenne en 2014 lorsqu’il fait le lien entre le féminisme de Delphine Seyrig et son engagement aux côtés de la Marguerite Duras cinéaste et de la réalisatrice Chantal Ackerman. 

Il le met en pratique aussi dés 1968 avec le film « Sex Power » puis en 1970 dans « Un été américain ». Ce documentaire-fiction sur le campus de Berkeley, où Henry Chapier suit l’émergence du mouvement Black Panthers. Il ne cessera par la suite, des décennies plus tard, de plaider pour la libération de l’un de leurs derniers leaders, enfermé dans les couloirs de la mort, Mumia Abu Jamal.

Mais ce cinéma de combat se tient dans la révolution formelle plus que dans l’esprit de tract, c’est un cinéma activiste en ce qu'il offre au monde le miroir d’un changement. Quand il ne lui offre plus, c’est alors l’époque qu’il faut interroger. 

Il ne s’agira jamais pour Henry Chapier, de se tourner vers la nostalgie. Si l’industrie du cinéma se fait plus frileuse et marchande qu’à cela ne tienne, il prône très vite les vertus du net. 

Il crée pour les vidéastes et les photographes l‘association « Paris Audivisuel » dès 1978 avec Jean-Luc Monterosso, qui donnera l’incontournable Paris Photo, puis leur offre «  une vraie institution » au début des années 90 avec la Maison Européenne de la photographie. Autant qu’il milite, alors, pour la house, la techno, les free party et les nouveaux héros de la musique électronique. 

La culture comme arme libératrice restera jusqu’au bout son combat et l’élixir de jouvence d’un homme qui écrit effrontément en 2009 « il est interdit de vieillir » ! 

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