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La pavillon français à la 16ème Biennale d'architecture

La fin du "star architecte"?

3 min
À retrouver dans l'émission

À la Biennale de Venise le pavillon français défend une architecture du collectif et du processus.

La pavillon français à la 16ème Biennale d'architecture
La pavillon français à la 16ème Biennale d'architecture Crédits : Mathilde Serrell

Et si cette Biennale de l’architecture marquait une rupture historique : la fin du « stararchitecte » ? L'architecte élevé au rang d'icône, symbole de l’édifice spectaculaire, du bâtiment comme objet fini, du fétichisme de la signature. Avec sa thématique « free space », voulue par les deux commissaires irlandaises, la Biennale invitait à partir dans une toute autre direction. Vers une architecture collective, à rebours du démonstratif.

A Venise, dans une Italie en pleine incertitude qui vient de porter l’alliance des populismes au pouvoir, cette ligne directrice de la Biennale apparaissait presque comme un antidote. 

Que peut l’architecture, dont on dit qu’il est le plus politique des arts, en ces temps de troubles et de fractures ? Du côté du pavillon italien : des projets participatifs et pluridisciplinaires, qui revitalisent cinq petites bourgades abandonnées en zone rurale. Chez les Anglais, une approche radicale : un espace vide pour tout imaginer. Au pavillon scandinave : d’étranges cocons, pouponnières d’un nouveau rapport de l’homme à la nature.

Quant au pavillon français, il y flotte un parfum de révolution joyeuse, avec cette problématique « construire des bâtiments ou des lieux » ? La révolution se tient là. Les commissaires, l’agence Encore Heureux, ont choisi de partager l’expérience de 10 lieux dits « infinis » comme le 104 à Paris, la Friche la Belle de Mai à Marseille, ou la Convention à Auch.

Mais qu’est-ce qu’un "lieu infini" ? Un lieu préexistant dont une dynamique collective a permis le réemploi inventif et solidaire. L’inverse d'un bâtiment qu’on érige.

Les lieux infinis continuent de se dessiner dans le temps, ce sont ceux qui les habitent qui en deviennent les auteurs, et le processus qui compte davantage que la finalité. Ce sont des  lieux « d’attention » et pas « d’intention » comme le théorise Nicola Delon de l’agence Encore Heureux.

Cette nouvelle architecture a un nom : l’architecture invisible. Elle demande une grande précision et une puissante lecture de l’espace aux architectes qui la pensent, mais elle ne se voit pas.

Sur le plan des matériaux, point de façades vertes et autres technologies durables, c'est la réutilisation qui domine. Comme la scénographie de ce pavillon français qui s'est faite en récupérant les matériaux utilisés par l’artiste Xavier Veilhan à la dernière Biennale d’Art Contemporain. Comme l’a démontré, aussi, le réaménagement d’une ancienne caserne militaire vénitienne, impulsé par la résidence des architectes invités du pavillon français, en lien avec une association locale.

Sur le plan de la formation, cela implique le développement d’enseignements sur le bâtis et pas seulement sur le neuf, comme le souhaite le ministère de la Culture. 

Enfin, sur le plan des politiques publiques, c’est en finir avec l’idée de commande et de programme. Les architectes proposent, interviennent, essayent, accompagnent. Un principe de l’essai-erreur comme clef de l’innovation, et d’adaptabilité permanente, qui nous renverrait presque aux mantras des startup. Mais cette architecture invisible s’en distingue, parce qu’elle est hyper incarnée, aussi et surtout parce qu’elle invente des liens qui ne se cliquent pas : ils se vivent !

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