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Benedict Cumberbatch dans le téléfilm "Brexit"

« Brexit, The Uncivil War », que peut la fiction contre les infox ?

3 min
À retrouver dans l'émission

L’art de la guerre de Sun Tzu employé à l’heure des médias électroniques et du traitement des données, tel est le cocktail utilisé par le directeur de la campagne « Vote Leave ».

Benedict Cumberbatch dans le téléfilm "Brexit"
Benedict Cumberbatch dans le téléfilm "Brexit" Crédits : Nick Wall

« Tout le monde sait qui a gagné. Mais peu de gens savent comment » : tel est le sous-titre prometteur du téléfilm politique signée Jason Graham, diffusée hier par la BBC sur Channel 4 en Grande-Bretagne. 

Alors que le Parlement britannique vient de relancer un débat sur le Brexit, avant un vote crucial mardi prochain, cette fiction révèle les coulisses de la politique menée sur les réseaux sociaux par le camp du « Leave » au moment du référendum. 

Simplifications, fausses nouvelles et publicités ciblées : tel est le cocktail utilisé par Dominic Cummings, le machiavélique directeur de la campagne pour le retrait de l’Union Européenne incarné par Benedict Cumberbatch, personnage principal de cette fiction tirée du véritable déroulement de la bataille politique qui continue de diviser la Grande-Bretagne.  

Plutôt qu’un documentaire d’investigation, pourquoi choisir une fiction en pleine crise de la vérité, alors que le « brouillard informationnel » s’épaissit et que la défiance à l’égard des médias n’a jamais été aussi grande ? 

Parce que la fiction est peut-être justement le seul espace capable de contrer la désinformation.

Selon l’historien David Colon, qui vient de publier Propagande, la manipulation de masses dans le monde contemporain aux éditions Belin, « les dispositifs actuels de lutte contre les fausses nouvelles sont au mieux, inefficaces. Au pire, ils produisent l'effet contraire à celui recherché ». De nombreuses études ont en effet montré que démentir une fausse nouvelle la rend plus crédible auprès d'une proportion non négligeable du public.

« Brexit, The Uncivil war » met en scène un mensonge avéré parmi d’autres : le camp du « Leave » a propagé l’idée fausse que la sortie de l’Union Européenne permettrait de récupérer 380 millions d’euros chaque semaine et l’a ensuite martelé à l’infini à coups de publicités numériques ciblées grâce à la récupération et l’analyse de données. Bref, L’art de la guerre de Sun Tzu employé à l’heure des médias électroniques et de la data politique.

Pour produire ce dévoilement, la fiction, comme l’art ou le théâtre, permet de faire l’expérience de la vérité de fait, comme la nomme la philosophe Hannah Arendt, plutôt que de l’imposer. Là où une vérité de raison se trouverait confrontée à une autre dans un fil d’actualité, la fiction elle, ouvre la possibilité, en chaque téléspectateur, de mobiliser son esprit critique, parce qu’elle ne cherche pas à démontrer la supériorité d’une vérité mais à raconter une histoire.

C’est le fondement de la démarche du scénariste James Graham, auteur de deux précédentes pièces de théâtre sur des sujets connexes, l’une sur le parti travailliste de Tony Blair, et l’autre sur la culture tabloïd développée par le patron de presse Rupert Murdoch. 

L’enseignement de ce téléfilm est de prouver que l’art et la fiction permettent de retrouver une expérience commune de la connaissance sortie de l’information délinéarisée et des bulles algorithmiques. Il atteste aussi que la meilleure façon d’attaquer les mensonges politiques est de les prendre sur leur propre terrain : celui d’un travestissement de la réalité.

Chroniques

8H50
3 min

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