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"Macron président, la fin de l’innocence " réalisé par Bertrand Delais diffusé lundi 7 mai sur France 3

Le documentaire politique coincé entre biopic et chaîne info?

3 min
À retrouver dans l'émission

Lorsqu'il a une place en "prime time" le format mute, pris entre écriture nostalgique ou hagiographique et mise en scène tapageuse de minuscules révélations.

"Macron président, la fin de l’innocence " réalisé par Bertrand Delais diffusé lundi 7 mai sur France 3
"Macron président, la fin de l’innocence " réalisé par Bertrand Delais diffusé lundi 7 mai sur France 3 Crédits : 2P2L

Est-ce que vous aimez les soirées diapos ? A regarder le documentaire « Macron président, la fin de l'innocence » sur cette première année d’exercice du pouvoir, c’est ce qui vient à l’esprit. 

Par ordre chronologique se succèdent les séquences choisies pour incarner l’an I du président « que l’on n'attendait pas » - pour reprendre une des formules inaugurales du film. Et ces séquences, comme autant de diapositives, sont commentées non pas tant du point de vue du débat politique, mais du signe politique. Un peu comme si on demandait à un artiste ce qu’il a voulu faire avec telle ou telle œuvre.

D’ailleurs, le documentariste Bertrand Delais qui signe ici son troisième film sur Emmanuel Macron, revendique son point de vue esthétique sur la politique, et les liens de confiance qu’il a tissé avec son interlocuteur. Des liens de complaisance peut-être, ce qui provoque une controverse car Bertrand Delais a récemment été nommé à la tête de La Chaîne Parlementaire

Mais revenons à la forme du film, dont on pouvait imaginer aisément qu’il ne serait pas critique. Comme le montrait Hugues Le Paige dans son documentaire sur Mitterrand « Le prince et son image », quand on filme un homme de pouvoir dans la proximité, de toute façon, il devient le véritable metteur en scène du film.

Le problème c’est que « Macron président, la fin de l'innocence » donne l’illusion de la réflexion critique. Or, les commentaires de l’intéressé, ou des analystes convoqués, fonctionnent davantage comme des justifications. Ici, c’est l’éclairage d’Emmanuel Macron sur la nécessité de maintenir « une hygiène démocratique » en recadrant le Général de Villiers. Là, c’est l’écrivaine Sophie de Thalès qui explique comment le mot de « fainéant » a été mal interprété lors du discours de président à Athènes car je cite « la pensée complexe à l’heure Twitter n’est pas toujours bien reçue ». 

Ne cherchez pas, tout va bien ! Pour l’anthropologue Marc Abélès d’ailleurs, le président n’est pas jupitérien parce que détaché du peuple, mais parce qu’il est le peuple. Et il communie avec le peuple, comme lors des funérailles de Johnny Hallyday.

Quoi qu’on en pense, le film a valeur de document. Son souci c’est que comme d’autres, par exemple "Emmanuel Macron, les coulisses d'une victoire” confié au réalisateur sportif Yann L'Henoret, ou « L’’insoumis » de Gilles Perret sur Jean-Luc Mélenchon : il instaure une dynamique « Les Yeux Dans Les Bleus » au documentaire politique. Mi-nostalgique, mi-hagiographique, 100% dans la fabrique du mythe.

Ce que d’autres documentaires politiques, type édition spéciale de chaîne info ne compensent pas, scénarisés sur le mode permanent du « il va se passer quelque chose » et offrant en réalité bien peu de dévoilement. Pendant ce temps là, le documentaire politique journalistique et critique, lui, se fait bien plus rare en prime time.

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