LE DIRECT
Famille sur le point de la séparation

« L’amour flou », les nouveaux contours de la famille

4 min
À retrouver dans l'émission

Avec « le sépartement » mis en scène dans leur film, Romane Bohringer et Philippe Rebbot interrogent l’impensé des nouveaux modèles familiaux.

Famille sur le point de la séparation
Famille sur le point de la séparation Crédits : Enis Aksoy - Getty

Ah la famille ! Papa, maman les enfants et le chien filant tout droit vers le bonheur dans un monospace... La tradition, nourrie d’un lointain inconscient publicitaire éveille en moi un réflexe pavlovien : à l’écoute de la chanson des Turtles « Happy together », 1967, je me sens en sécurité dans l’habitacle d’un schéma familial éprouvé depuis des générations. Sans m’en rendre compte, je me sens donc à l’inverse, dans l’insécurité à l’idée d’en sortir. 

Heureusement dans la vraie vie comme dans la fiction, et la publicité, d’autres géométries se sont faites jour. Histoire d’avoir le choix. Parce que sortir de cet habitable n’est pas un accident social.

La pub étant assez ancienne aujourd’hui pour jouer avec sa propre Histoire, la même musique (« Happy Together » des Turtles) sert désormais à vendre non plus le monospace du bonheur mais le SUV de la discorde. Une marque japonaise mettant en scène, un couple entrain de se faire la guerre, notamment pour… la voiture. Oui, ça reste de la publicité. Mais bien inspirée d’un long métrage qui date déjà de 1989 « La Guerre des roses » de Danny DeVito.

Demain sort « L’amour flou » une autofiction de Romane Bohringer et Philippe Rebbot, l’occasion de voir comment ce genre qu’on pourrait appeler « le film de famille » a évolué. De « Kramer contre Kramer » en 1979 qui installe le divorce dans le cinéma populaire, à « Papa ou Maman » en 2015, qui renverse le présupposé du même « Kramer contre Kramer », car ici les parents se battent pour ne pas obtenir la garde de leurs enfants.

Dans « L’amour flou » c’est toute l’esquisse en mouvement, non pas de nouveaux modèles mais de nouveaux possibles, qui prévaut. Comme dés-emménager ensemble dans le même appartement séparé. 

Inventer une autre vie, à l’image de ce « plateau nu » sur lequel sont construits deux appartements avec une chambre au milieu pour les enfants, c’est dessiner de nouveaux volumes sociaux, répondre au passage à une crise réelle du logement, enfin se confronter à un impensé. Car il n’y a pas de mots pour ces nouvelles tentatives, seule la langue épaissie de l’existence dans laquelle les et les autres se débattent : "refaire sa vie" "faire le deuil" … Le vocabulaire commun s’est épuisé et ne renvoie plus à la réalité des désirs. 

Alors on bricole un langage. Le "sépartement" et la « bague de désalliance" rejoignent d’autres expressions, imparfaites bien sûr ou caricaturées, comme la "pansexualité", tentent définir ces nouveaux désirs.

Même si demeurent des invariants, ensemble ou séparé, comme le fameux « chuchotté/crié ». 

L’essentiel dans « l’amour flou » étant que la perfection et la certitude laisse place au perfectible et au doute. Et ce plateau nu, où l’on aménage de nouvelles mécaniques de vie, s’élargit à l’immeuble entier, et bientôt tout le film. Comme la métaphore d’une société qui n’a pas fini de chercher sa route, en dehors de l’habitacle du monospace. 

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Dans la France industrielle, l'automobile prolifère à la vitesse d'une mauvaise herbe
L'équipe
Production
Réalisation
À venir dans ... secondes ...par......