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Le chanteur a annoncé sur sa page Facebook qu'il annulait ses deux dernières dates à Pau et Bordeaux.

Bertrand Cantat, "Amor Fati"

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Le chanteur précipite la fin de sa tournée et peut-être de sa carrière. Un évènement qui résonne avec le titre de ce premier album en son nom « Amor Fati » ou accepter le destin que l'on s'est fait.

Le chanteur a annoncé sur sa page Facebook qu'il annulait ses deux dernières dates à Pau et Bordeaux.
Le chanteur a annoncé sur sa page Facebook qu'il annulait ses deux dernières dates à Pau et Bordeaux. Crédits : XAVIER LEOTY - AFP

Amor Fati, c'est la locution que Bertrand Cantat avait empruntée à Nietzsche pour donner titre à son premier album et sa première tournée en son nom. Amor Fati ne veut pas dire subir les événements, mais accepter ses choix et les conséquences qu’ils ont. Une logique prémonitoire au fond, qui éclaire cette fin de tournée avancée et peut-être même ce point final à sa carrière. 

« Merci ça fait plaisir surtout pour la dernière date de la tournée et la dernière date tout court ». Dimanche déjà, avec cette phrase lancée au public bruxellois, la décision de Cantat ne faisait que peu de doutes. Une information confirmée à la presse belge par son bassiste Pascal Humbert, puis officialisée hier soir dans un communiqué sur Facebook. 

Après 27 concerts, et de nombreuses annulations venues du chanteur lui même, ou de salles comme l’Olympia à Paris, et de villes comme Saint-Nazaire, la tournée chaotique de Cantat s’achève sans les deux dernières dates prévues en décembre.

C’était à Pau, ville natale de Bertrand Cantat, et à Bordeaux sa ville natale musicale puisqu’il s’y était fait remarqué la première fois lors d’un concert au Chat Bleu en 1986, avec son groupe « Noirs désirs » qui s'écrivait alors au pluriel. Symboliquement, Cantat ne rentre pas chez lui. Et en toute logique nietzschéenne, ce n’est la faute de personne, sinon la sienne.

Ce point de non retour on pourrait l’écrire « p-o-i-n-g ». Il en donna dix neufs des coups provoquant la mort de sa compagne Marie Trintignant sans intention de la donner. Et comme il l’a écrit en mars au début de sa tournée « il en tremble encore ». Condamné à huit ans de prison en 2003 et libéré au bout de quatre en 2007, Bertrand Cantat avait juridiquement purgé sa peine. 

Il avait comme il l’invoquait dans ce même texte « le droit à la réinsertion comme n’importe quel citoyen ». « Le droit d’exercer son métier » : ça veut dire faire de la promo, monter sur scène, être applaudi, et se plaindre si ça lui chante dans les interviews. Il n’y a pas de catégorie « artiste » à part, il est libre ainsi que le public qui souhaite le voir. Comme je l’avais rappelé dans un autre billet, personne, plus que la loi elle-même, ne peut fixer les limites de l’exposition scénique ou médiatique, de la décence ou du repenti.

Alors, pourquoi Bertrand Cantat, resté artistiquement l’icône rock qu’il a toujours été, s’arrête-t-il ? Est-ce la victoire des « féministes » ou des « hystériques » (si je reprends une des dénominations choisie par ses fans) qui ont fait pression devant les salles de concert où il se produisait malgré tout ? Une soixantaine de protestataires à Nantes ou à Grenoble, puis une vingtaine dans les dates suivantes, enfin une poignée au Zénith de Paris avec ce slogan « quand t’as tué tu te tais ». 

Bien sûr, quel tourneur reprendrait un chanteur qui engendre de toute évidence autant de risques d’annulation ? Mais ce n’est pas la faute des militants et des militantes que je sache, c’est aussi leur liberté de parole qui s’est exprimée. 

Et quel label accueillerait Cantat après Barclay? La question se pose par la faute, pour le coup, de l’intéressé. Car vendredi au Zénith de Paris, le chanteur ponctuait sa prestation de « Bolloré je t’emmerde » à l'attention du propriétaire de l’Olympia, et patron du groupe Vivendi Universal dont le label Barclay est une filiale… « Merde à tous les censeurs qui se cachent » et les journalistes qui « jubilent » « il n’y a aucune limite à quel point je vous emmerde » crachait encore Cantat. 

Punk un jour, punk toujours, c’est par ses actes, ses paroles, et au fond, son incapacité à entendre que Bertrand Cantat s’est fait le destin qu’il accepte aujourd’hui, Amor Fati.

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