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Alain Delon en mars 2018

Palme d’honneur à Alain Delon, l’autre exception culturelle française?

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C’est peut-être une exception culturelle mais si on n’aime pas Alain Delon, on peut boycotter ses films sans pour autant refuser qu’il soit honoré comme une icône du cinéma mondial.

Alain Delon en mars 2018
Alain Delon en mars 2018 Crédits : Stefania D'Alessandro - Getty

Pas de Cannes sans scandale, l’affirmation tient presque du dicton populaire. Et alors que sa 72ème édition vient de s’ouvrir, le festival traverse déjà une première polémique. 

Elle vient des Etats-Unis où a été lancée une pétition contre la Palme d’or d’honneur qui doit être remise à Alain Delon le 19 mai prochain. Plus de 16 000 signataires estiment que l’acteur « raciste, homophobe et misogyne » (je cite la pétition) ne doit pas être honoré à Cannes.

Une nouvelle norme imposerait donc aux comédiens une labélisation morale. Entre les femmes qu’on peut « gifler », l’homosexualité qualifiée de « contre-nature », les couples gays qui ne devraient pas avoir le droit d'adopter des enfants et les migrants qu’il vaudrait mieux mettre dehors, il est vrai qu’Alain Delon a maintes fois suscité, au minimum, la controverse.

Pour autant, la volonté de faire pression sur le festival de Cannes pour que celui-ci renonce à rendre hommage à l’acteur est plus que discutable. 

Parce que si l’homme, Alain Delon, a tout du vieux mâle réac, l’immense acteur de Plein Soleil, du Guépard, du Samouraï ou de La Piscine, pour ne citer que quelques-uns de ses films monuments, ne fait pas honte au cinéma français. Au contraire, il l’honore.

Parce que cette polémique marque une double confusion : confusion d’identité entre les propos de la personne et le masque du comédien d’une part, mais aussi confusion temporelle entre l’Histoire présente et l’Histoire du cinéma.

Enfin, parce se joue ici le refus d’un mode de sanction importé des États-Unis. Une mécanique préventive qui s’exerce dans une zone aux contours de plus en plus flous. De l’individu suspect de comportements répréhensibles qui sera effacé d’un film sans même passer par la case justice, comme Kevin Spacey, à celui qui par ses propos a offensé ou choqué et qui doit renoncer à une position ou un honneur.

Confirmant son intention de célébrer « Delon », le délégué général du festival Thierry Frémaux a dénoncé une "police politique". "Il a le droit de penser ce qu'il pense" a-t-il rétorqué, et il est "compliqué de juger avec les lunettes d'aujourd'hui des choses qui se sont passées et dites il y a quelques années"…

Thierry Frémaux a même surenchéri en confiant à Nice Matin qu'il n'était pas contre l’idée d’une Palme d'or d'honneur à Brigitte Bardot (proche de l’extrême droite et jamais avare de propos réactionnaires). C’est dire qu’il se joue là une bataille symbolique : ne pas s’aligner sur une conception « à l’américaine » qui englobe l’homme et l’artiste. 

C’est peut-être une autre exception culturelle, mais si on n’aime pas Alain Delon, on peut boycotter ses films sans pour autant refuser qu’il soit honoré comme une icône du cinéma mondial.

Et pour le reste, il y a les tribunaux.

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