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Donald Glover au Metropolotan Museum of Art à New York en mai 2018

Avec Childish Gambino, le spectacle est fini ?

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4 minutes 04 secondes pour exploser la politique spectacle : pas mieux ! Le clip du rappeur est-il l'antidote violent que l'Amérique attendait?

Donald Glover au Metropolotan Museum of Art à New York en mai 2018
Donald Glover au Metropolotan Museum of Art à New York en mai 2018 Crédits : THEO WARGO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA - AFP

Pamphlet youtoubé, commenté à l’infini sur les réseaux sociaux et dans tous les grands médias américains, le clip « This is America » a dépassé les 100 millions de vues en une semaine, ce que seules quatre vidéos musicales ont réussi à faire jusqu’ici. Pourquoi un tel impact ? Childish Gambino, l’auteur, n’est pourtant pas une star de la pop mondiale, et lui tend même un miroir grimaçant.

C’est précisément cela sa force. Antidote violant, le clip désensorcelle les yeux pour réapprendre à regarder. «This is América, don’t catch you slippin now », « c’est ça l’Amérique, que je te reprenne pas à dormir » rappe Childish Bambino après avoir décimé une chorale de gospel…

« I’m on Gucci » rime avec « I’m so pretty ». Entouré d'un choeur de danseurs qui reprend les chorégraphies de rue façon comédie musicale, Childish Gambino, torse nu noir et pantalon blanc, se tortille tel le musicien nigérian Fela Kuti qui voulait faire de la musique l’arme du futur. C’est une danse de zombie, une distraction ultime tandis que l’arrière plan tourne à l’émeute. Une image de l’Amérique bien sûr, parmi les mille et une références convoquées dans cette bombe sémiologique. D’ailleurs, cette chorale de gospel décimée renvoient aux neuf fidèles d’une l’église de Charleston en Caroline du Sud fusillés par un jeune suprémaciste blanc.

Des bavures policières racistes aux ravages du port d’arme, en passant par l’abrutissement consumériste et le spectacle permanant, tout y passe et tout fait signe. Gambino dit la schizophrénie de l’Amérique et embrase ses sujets brûlants, comme avec ce musicien tué d'une balle dans la tête dès la première minute, traîné au sol comme un chien tandis qu’on essuie soigneusement le flingue. 

Mais dansent aussi sous nos yeux les fantômes du clip « Happy » de Pharell Williams, les vieux « minstrels » spectacles de l’Amérique ségrégationniste, le hangar à torture de « Reservoir Dogs » de Quentin Tarantino, ou encore le film horrifique contre la violence bien pensante « Get out ».

Et pour cause, Childish Gambino maîtrise si bien les rouages de la machine à spectacle qu’il sait les saboter. Car Childish Gambino le rappeur, est aussi Donald Glover l'humoriste, scénariste, acteur et producteur, connu pour les séries novatrices et dérangeantes « Community » et « Atlanta ». On le retrouve même à l’affiche du nouvel épisode de la saga Star Wars qui sera présenté aujourd’hui avant-première au Festival de Cannes. 

Il fallait cette maîtrise et ce clip dont Gambino refuse d’expliciter le sens, pour ramener l’art à sa fonction puissante et multivoque, à l’envers du divertissement mortifère, à rebours de l’engagement fléché.

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