LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Pablo Picasso (1881-1973) La Vie, 1903 Huile sur toile, 197 x 127,3 cm  Cleveland, Cleveland Museum of Art, inv. CMA 1945.24

Picasso bleu, rose, et sans filtres

4 min
À retrouver dans l'émission

Dans le monde bleu des écrans et l’océan des représentations, que peut l’expérience des bleus de Picasso ? La grande exposition "Picasso. Bleu et rose" qui s’ouvre au Musée d’Orsay nous invite à poser cette question du regard sur l'oeuvre originale.

Pablo Picasso (1881-1973) La Vie, 1903 Huile sur toile, 197 x 127,3 cm  Cleveland, Cleveland Museum of Art, inv. CMA 1945.24
Pablo Picasso (1881-1973) La Vie, 1903 Huile sur toile, 197 x 127,3 cm Cleveland, Cleveland Museum of Art, inv. CMA 1945.24 Crédits : © Photo Scala, Florence © Succession Picasso 2018

Les 300 chefs-d’oeuvre de la période "bleue" et "rose" qui sont exposés nous mettent en présence des images originales de tableaux maintes fois représentés (de catalogues en cartes postales, de livres en mugs). Avec un système de prêt et de circulation des œuvres tel que, dans une vie, ce peut être la seule et unique occasion de les voir ensemble et en vrai.

Partant de là, et à l’heure où la diffusion numérique de la peinture se développe notamment dans des expositions imersives, qu’est-ce que cette expérience si rare de l’original ? 

Laurent Le Bon, directeur du Musée Picasso, commissaire associé de cette exposition "Bleu et rose", répond à cette question mais n’oppose pas l’image source au simulacre, l’expérience IRL (in real life) à l’expérience numérique, le réel au virtuel. Les deux peuvent coexister. Simplement dans ce moment où le Musée est à la croisée des chemins, comment faire vivre les collections et comment redonner le pouvoir à l’émotion qu’elles peuvent provoquer ? 

Dans la toute dernière salle une vitrine d’une vingtaine de catalogues sur un siècle montre "La Vie", la toile magistrale qui clôt la période bleue de Picasso. Aucunes des images reproduites n’a la même couleur, ni la force de l’original. 

L’infinie nuance et l’infinie douleur du bleu picassien n’est saisissable qu’en en faisant l’expérience. Et pas seulement l'expérience du tableau "La Vie", mais celle de l’exploration chromatique qui va y conduire. C’est la grande force du parcours imaginé à Orsay. Car il ne suffit pas d’aligner les blockbusters, aussi vibrants soient-ils, ou d’accrocher des papillons comme le rappelle Laurent Le Bon : il faut ouvrir les canaux qui font jaillir cette force émotionnelle des originaux. Alors on entre, plus que dans la palette de Picasso, dans sa caboche.

Un Picasso jeune homme, sur cette période de 1900 à 1906, où il a entre 19 et 25 ans. Il est cet espagnol qui "nous meurtrit d’un froid bref (…) plus que tous les poètes, les sculpteurs et les autres peintres", comme l’écrit Apollinaire, ce Pablo Ruiz devenu Pablo Picasso, qui va alors fouiller toutes les nuances de bleu et de rose. 

Mais pourquoi ? Comment va-t-il s’éloigner de l’explosion de couleurs qu’il présente à la galerie Vollard en 1901 ? Comment abandonne-t-il ce feu d’artifice dont un critique dira qu’il peut finir par "l’enfermer dans une virtuosité facile" ?

Ce bleu tombe comme la nuit, on le sait depuis les confessions de Picasso à son biographe, après le suicide de l’ami inséparable Carlos Casagemas en 1901. "C’est en pensant que Casagemas était mort que je me suis mis à peindre en bleu" dira Picasso.  

Mais ces bleus de Picasso sont aussi ceux des mois glacés "de misère et de génie" àParis, pour reprendre l’expression de Max Jacob. Cette peinture "mouillée , bleue comme le fond humide de l’abîme et pitoyable" dont parle Apollinaire, se nourrit de pigments sociaux. Aussi l’éclaircie du rose, encore parfois teintée de bleu, prend toute sa profondeur et nous transmet l’émotion d’un gouffre enjambé. 

C’est cela la puissance de la "vraie" peinture donc, lorsqu’elle est si finement mise en récit.

Chroniques
8H50
3 min
La Conclusion
Les utopies
L'équipe
Production
Réalisation
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......