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Les «Joueurs de cartes» de Cézanne, l'une des cinq versions acquises par Samuel Courtauld.

Samuel Courtauld, pionnier de la démocratie culturelle

3 min
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Au-delà de l’œil visionnaire d’un riche collectionneur et l’incroyable vibration de ces Manet, Van Gogh et Cézanne « en vrai », ce qui est donné à voir c’est le projet de Samuel Courtauld et de sa femme : le partage de la culture.

Les «Joueurs de cartes» de Cézanne, l'une des cinq versions acquises par Samuel Courtauld.
Les «Joueurs de cartes» de Cézanne, l'une des cinq versions acquises par Samuel Courtauld. Crédits : FRANCOIS GUILLOT - AFP

Il faut s’imaginer qu’à Londres au début du XXème siècle, lorsque vous preniez la parole chez les Courtauld il était difficile de capter l’attention de vos interlocuteurs tant il vous deviez rivaliser avec les Cézanne et autres chefs d’œuvres impressionnistes qui ornaient les murs. L’anecdote c’est l’écrivaine Virginia Woolf qui la raconte, elle qui fréquentait avec d’autres acteurs culturels la demeure londonienne de Samuel et Elizabeth Courtauld. 

La collection Courtauld, rassemblée pour la première fois à Paris depuis 60 ans, sera présentée à partir de demain à la Fondation Louis Vuitton. 

Elle réunit 62 peintures et 45 oeuvres graphiques signées des plus grands maîtres de l’impressionnisme : Manet, Renoir, Cézanne, Degas, Monet, Van Gogh, Seurat, Gauguin. On y retrouve le vertige de la légendaire collection Sergueï Chtchoukine, l’incroyable vibrations ressentie face des œuvres que nous connaissions qu’en carte postale ou à travers maintes formes de reproductions. 

L’autoportrait à l’oreille bandée de Van Gogh, Les joueurs de cartes de Cézanne, Un bar aux folies Bergères de Manet, ou encore la puissante sensualité qui traverse les plis de la robe d’une jeune spectatrice dans La Loge de Renoir.

Mais ce qui est donné à voir, au-delà de l’expérience réelle de la puissance de ces œuvres, au-delà de l’acuité d’un œil de collectionneur qui parie sur les impressionnistes à un moment où la National Gallery les expose à peine, c’est le projet de Samuel Courtauld et de sa femme : le partage de la culture.

Lui qui a commencé chez les marchands de tissus, se retrouvera progressivement à la tête d’une multinationale textile, il va alors œuvrer pour la démocratie sociale autant que pour la démocratie culturelle. 

Il écrit dans le journal économique de John Maynard Keynes, défend la limitation des profits, la nationalisation des entreprises, la participation au capital et aux décisions des salariés. Il veut s’éloigner du capitalisme à l’américaine, et porte la conviction que l’art est l’antidote au matérialisme de la vie moderne et aux condition de vie dégradée de la culture consumériste. 

Il faut donc le démocratiser !

Aussi Courtaule n’est pas qu’un riche collectionneur qui accumule les trésors avec bon goût, sa politique d’achat privé se double d’une politique d’achat public. Il offre un fond de dotation à la National Gallery pour qu’elle puisse acquérir des oeuvres impressionnistes et néo-impressionnistes. Il fonde l’institut Courtauld en 1932 pour faire de l’art une discipline d’enseignement ce qui n’est pas encore le cas, alors, en Angleterre.

Sa femme Elizabeth Courtauld est au centre d’une politique culturelle de démocratisation de la musique classique. Elle organise des concerts à bas prix dans un auditorium de 2500 places et fait venir la crème des musiciens et compositeurs internationaux (Stravinsky, Schnabel). Les premières places réservées aux groupes scolaires et salariés de divers entreprises font leur apparition.

Jusque dans leur approche et leur mode detransmission, les Courtauld défendent un accès immédiat à la culture, débarrassés des simagrées élitistes, et de la maîtrise d’un capital symbolique. D’ailleurs le goût de Samuel Courtauld pour Cézanne son peintre préféré, mais aussi pour les impressionnistes en général vient de cette beauté ancrée dans la vie de tous les jours et rendue sensible à tous sans connaissance de préalable l’Histoire de l’art - comme le précise la commissaire de l’exposition Karen Serres.

Reste peut-être ce bémol ironique qui n’échappera pas aux visiteurs, il ne faudrait pas pour autant voire en Bernard Arnault, le patron de LMVH, un Samuel Courtauld du XXIème siècle.

Chroniques

8H50
3 min

La Conclusion

Réflexion sur la vanité de la peinture pendant une séance de photographie
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