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Laszlo Nemes

Laszlo Nemes, sous les chapeaux le chaos

3 min
À retrouver dans l'émission

« Sunset » le nouveau film du réalisateur Hongrois nous tend un miroir où convergent progrès et régression.

Laszlo Nemes
Laszlo Nemes Crédits : Juan Naharro Gimenez - Getty

Voilà une œuvre qui prolonge à sa manière, celui du langage purement cinématographique, une part des échanges entendus entre le président Emmanuel Macron et une soixantaine d’intellectuels sur cette antenne. Un film qui fait écho aux grandes interrogations de notre temps et trouve un espace non seulement pour les formuler, mais pour que nous nous les formulions. Nous spectateurs.

« Sunset » qui sortira en salle demain n’est pas un film qui pratique le fléchage. Laszlo Nemes, jeune réalisateur hongrois, Grand Prix à Cannes en 2015 pour « Le Fils de Saul », n’y livre ni sa vision de l’histoire ni son regard sur le régime autoritaire de Viktor Orban. Mais à travers cette fresque dans la Budapest des années 1910, on aura rarement aussi bien senti l’ambivalence qui nous traverse aujourd’hui. 

Au crépuscule ou au « Sunset » de l’Empire Austro-Hongrois coexistent des mouvements multiples, un faisceau de signaux où s’entremêlent l’épanouissement de la civilisation et des arts avec des formes fragmentées de ruptures et de crises. La fin d’un monde assurément, dans une sorte d’effervescence abrasive, de bouillonnement qui crépite. Alors mieux vaut tendre l’oreille… Sur l’arête du temps se dessine une convergence de progrès et de régressions. 

Difficile de résumer l’histoire en quelques mots puisque comme pour tous les grands films ça n’a pas grand intérêt. « Le septième saut » d’Ingmar Bergman  reste l’histoire d’un chevalier qui joue aux échecs avec la mort et cela ne nous dit rien de l’œuvre... Enfin, disons que dans « Sunset »,l’héroïne tente de revenir travailler dans la chapellerie de ses parents disparus, ils s’y trament autour et à l’intérieur d’effroyables mystères. Des mystères très difficiles à percer dans la vision si obstruée de la réalité que l’on tente de lui opposer. Alors elle cherche, elle sent, elle écoute, elle flaire une piste qui la transforme peu à peu.

Comme le rappelle Laszlo Nemes : « En 1900, il n’y avait pas moins de cent magasins de chapeaux pour femmes à Budapest, ils sont à la fois le symbole d’une civilisation très confiante dans son avenir, avec le développement des arts, de l’industrie et de la technologie, mais aussi le symbole de la fine épaisseur de ce vernis ». « Que veux-tu ? » lance, Iris, l’héroïne au compagnon de son frère qui organise des opérations de massacres vengeresses contre une clique dominante et déviante à laquelle appartient le nouveau patron de la chapellerie. « Juste regarder les chapeaux, derrière leur infinie beauté se cache toute l’horreur du monde » lui répond le garçon. Sous les chapeaux le chaos…

Souffles de peur, déchirement de vêtements, grognements obscènes, cris et chuchotements, rumeurs des nouvelles et bruissements intranquilles, remous des eaux et crépitements des flammes, au loin toujours, ce brouhaha d’une musique sourde, ce chant des violons qui se tordent dans la mort.

Laszlo Nemes ne dresse aucun tableau explicatif, il ouvre grand les voies du médium cinématographiques pour faire ressentir ces forces qui entraînent les âmes humaines dans l’autodestruction. 

Comme dans « Le Fils de Saul » où il avait su dire par ses jeux de flous et de sons, à l’arrière plan, toute l’atrocité de la Shoah, il nous donne ici à entendre et à discerner la barbarie qui vient, au crépuscule. 

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Confession d'un ex-climatosceptique
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