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Des membres de l'Académie des Beaux-Arts et de l'Académie française

L'Académie française, métropole rigide de la langue?

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« La langue française est ma patrie » disait Camus, celle de l’Académie, obsédée par la pureté, ne semble pas faite pour s’agrandir.

Des membres de l'Académie des Beaux-Arts et de l'Académie française
Des membres de l'Académie des Beaux-Arts et de l'Académie française Crédits : ERIC FEFERBERG - AFP

"La vieille dame du quai de Conti" ou l’Académie française, c’est le lieu choisi par le président Emmanuel Macron pour annoncer aujourd’hui les mesures concrètes de son plan pour la francophonie. Imaginons, dans un scénario de politique de fiction, qu’il en profite pour mettre fin à l’immortalité de ladite Académie. Mais pourquoi donc ? 

On le sait, et le président le prophétise à l’envi, l’ambition est de faire du français la première langue d’Afrique, voire du monde. Rien que ça. Quelques chiffres de l’OIF (l’Organisation Internationale de la Francophonie) encouragent cette ambition : le nombre de francophones dans le monde devrait tripler d’ici 30 ans, et le nombre de locuteurs devrait passer de 274 millions aujourd’hui à 750 millions en 2050, notamment grâce à la démographie africaine, faisant du français la deuxième langue parlée dans le monde, après le mandarin.

Or, l’Académie française est devenue une sorte de symbole du gouvernement central de la langue française, sa métropole. Une entité qui paraît aux antipodes de la plasticité de la langue et donc de son éventuelle expansion. 

Prenez l’anglais, qui n’a pas d’équivalent de l’Académie Française, mais des dictionnaires de référence comme l’Oxford English Dictionary ou le Collins Dictionary : les nouveaux usages y sont répertoriés, de nombreux néologismes ainsi que des mots empruntés y apparaissent,  le vocabulaire mute avec le temps. L’Académie française s’est quant à elle érigée, depuis quelques décennies, comme une instance de blocage. 

Que ce soit pour la féminisation des noms et des fonctions, refusant les "madame la ministre" et autres "madame la présidente", ou l’usage ou non de l’accent circonflexe. Quitte à se contredire parfois elle-même. C’est précisément le cas pour l’accent circonflexe. L’Académie hurlait à sa mort en 2016 alors qu’il s’agissait de rectifications orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française et approuvées par la même Académie française en 1990... Je ne vous parlerai pas du « péril mortel » que représente pour les immortels (justement) l’écriture inclusive. Car ce n’est pas tant un exemple de blocage excessif, qu’une illustration du rôle auquel tend à se réduire l’Académie, celui d'agitateur médiatique. 

Si sa mission depuis sa création sous l’impulsion du Cardinal Richelieu en 1635 est de “travailler avec tout le soin et toute la diligence possible à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences”, il est vrai qu’après une période riche au 18ème siècle, on n’en finit plus de questionner son utilité. Elle ne compte aucun linguiste, ni agrégé de grammaire, ni historien ou historienne de la langue, et il lui aura fallu 296 ans même pour produire une première grammaire qui sera décriée et vite oubliée. Quand à la neuvième édition du dictionnaire entamée depuis 1986, on attend toujours sa finalisation par ces messieurs. Car en sus, sur quatre siècles et 729 académiciens, il n’y aura eu que huit heureuses élues.

Un entre soi masculin, un entre soi sociétal répliquant les codes d’un même milieu aisé (comme le notait déjà François Fossier, auteur de l'ouvrage Au pays des immortels en 1986), et des fauteuils historiquement usés par certains représentants de l’extrême droite, on peut en effet imaginer que l’Académie française n’est pas le symbole rêvé pour incarner la diversité culturelle francophone des décennies à venir. Même si elle a déjà remis une médaille à Stromae et accueilli l'un des plus grands écrivains francophone, Dany Laferrière. « La langue française est ma patrie » disait Camus, celle de l’Académie obsédée par la pureté, ne semble pas faite pour s’agrandir.

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