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Nympheas, 1915, Musee Marmottan à Paris

Sans les Américains, les Français auraient-ils compris Monet ?

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Une exposition montre comment les peintres et les critiques américains ont révélé la radicalité de Monet.

Nympheas, 1915, Musee Marmottan à Paris
Nympheas, 1915, Musee Marmottan à Paris Crédits : Claude Monet

Tandis que le président Macron poursuit son voyage officiel aux Etats-Unis, c’est une autre rencontre transatlantique que je vous propose, une rencontre de regards. Ou comment des peintres et des critiques américains ont perçu après la Seconde guerre mondiale ce que nous n’avions peut-être pas vu de l’œuvre de Claude Monet. C’est ce que traduit une exposition d’une grande finesse qui vient d’ouvrir au musée de l’Orangerie à Paris « l’abstraction américaine et le dernier Monet ».

Les Nymphéas de Monet, grande œuvre sérielle, inaugurant le support comme surface, la couleur comme champ, la matière comme réseau de sensations, la peinture comme événement, Les Nymphéas ont 100 ans cette année. Et lorsque les 22 panneaux furent exposés la première fois à l’Orangerie en mai 1927, ils incarnaient alors bien plus un essoufflement qu’un nouveau vent. Perçus comme l’esthétique informe et démodée d’un vieillard semi-aveugle. Pour la critique c’est au choix  : « la plus grave erreur artistique commise par Monet », un « décor de cabine-salon » pour paquebots, ou bien des « diagrammes polychromes d’une affligeante monotonie ». Pour Monet lui même, qui recherche dans ce qu’il appelle ces « grandes décorations » la « délicatesse d’un songe », ces paysages d’eau et de reflets traduisent une obsession dont il ne sait pas où elle le conduira.  

Et, au fond, Les Nymphéas vont renaître dans l’Histoire de l’Art par le détour américain, vingt ans plus tard. Le grand critique Clement Greenberg écrit ainsi en 1948 : “La dernière manière de Monet menace les conventions du tableau de chevalet. Aujourd’hui, vingt ans après sa mort, sa pratique est devenue le point de départ d’une nouvelle tendance picturale“. C’est l'expressionnisme abstrait, celui de Jackson Pollock, de Mark Rothko et de Barnett Newman. Le même Barnett Newman qui va défendre l’apport des impressionnistes à la peinture moderne, là où le MoMA de l’époque ne le voit que dans le cubisme ou le post impressionnisme de Cézanne. Car en 1955, lorsque le premier panneau de Nymphéas est acheté par le MoMA, son directeur Alfred Baar n’en fait pas grand cas. C’est sa destruction dans un incendie trois ans plus tard, et l’émotion que cela suscite auprès des nouveaux peintres new yorkais, qui lui fait prendre conscience de sa force radicale et de sa popularité. 

Bien sûr la résonance et l’influence sautent au yeux, à voir dialoguer les peintures de Monet (Nymphéas et Pont Japonais quasi abstraits) avec celles de Jackson Pollock, de Philip Guston ou de Joan Mitchell, qui elle-même se défend d’être intéressée par Monet, là où partout cette nature qu’elle retranscrit pour ce qu’elle a laissée en elle et pas pour ce qu’elle voit, nous le rappelle. Mais l’intérêt d’une telle exposition n’est pas de tracer des lignes généalogiques, mais de voir comment une histoire esthétique se renouvelle. Comment les Américains, moins prisonniers des substrats théoriques du vieux continent, plus enclins à embrasser la mythologie des grands espaces naturels, ont ouvert un nouvel horizon de regard sur Monet. Et cette collaboration-là, nous en avons assurément besoin.

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