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Boules disco

Vive le mauvais esprit de Noël !

3 min
À retrouver dans l'émission

A Noël il n’y pas que les enfants qui enfilent leurs nouveaux déguisements frénétiquement déballés au pied du sapin. Quoi de mieux ou de pire qu’un repas de famille pour que les adultes étrennent leurs dernières panoplies d'argumentaires et autres accessoires théoriques?

Boules disco
Boules disco Crédits : Eleonora Cecchini - Getty

Dans ce contexte où l’échange peut potentiellement se conclure en opposition stérile voire en pugilat, une série de petits livres sous le titre « manuel d’éducation punk » arrive à point nommé chez Flammarion.

Les auteurs anglais, Myriam et Ezra Elia, déjà responsables d’un « Journal d’Edward, hamster nihiliste » publient une trilogie transgressive et ambivalente. Ce sont des détournements d’images vintage façon "Martine" ou "Ladybirds Grade Reader" outre-manche, accompagnés de commentaires qui vont du second au 36ème degré. 

Avec le tome 1 « La visite au musée » par exemple, le manuel prétend aider les lecteurs parents à mieux expliquer les œuvres à leurs enfants, afin qu’ils intègrent des concepts fondamentaux capables d’impressionner les invités cultivés. Chaque cas illustré est aussi une occasion d’apprendre un nouveau mot qui permettra d’éviter toute pensée critique personnelle.

Le tome 3 « L’école à la maison » encourage les enfants à laisser leurs émotions gouverner leur boussole morale et leur permet d’intégrer - dès le plus jeune âge - l’idée que toute personne en désaccord avec eux est forcément fanatique.

La maison est présentée comme un lieu d’oppression patriarcale, le malaise devant l’art comme la condition moderne, les gros vagins comme féministes et les postulats comme des machines de domination. 

Derrière ces ouvrages on sent poindre une petite musique de moquerie des revendications féministes et queer, comme des débats sur l’appropriation culturelle ou la décolonisation des arts. C’est une petite musique ambivalente et parfois gênante, comme si plus d’égalité ou de pluralité nuisait à l’horizon culturel.

Mais rien qu’à expliciter cette sensation, soudain la langue jargonne… Elle s’épaissit dans l’esprit de sérieux. C’est précisément ce qu’évite ces trois livres : ou comment confronter le débat à ses automatismes de langage. 

Et au fond quelques soient vos convictions, seul triomphe ici la nécessaire possibilité d’en rire. Etre capable d’évoluer voire de changer de point de vue et  savoir retourner son esprit comme un gant, telle est la cure corrosive qui est proposée à travers ces pages. 

On y retrouve l’esprit de la collection « le monde merveilleux de » signé  d’autres anglais Jason Hazeley et Joel Morris chez 10/18. « Le monde merveilleux de la gueule de bois », » le monde merveilleux de la femme au foyer », « le monde merveilleux du mari modèle » ou encore « le monde merveilleux de la crise de la quarantaine ». Ce monde où, ses indemnités chômage englouties dans une voiture flambant neuve, un quadragénaire s’arrête au feu rouge et croit séduire une jeune femme qui le regarde gentiment parce qu’il lui rappelle son père… 

Ces petits livres sont autant de grincements jubilatoires pour libérer une pensée autonome sur le monde à venir. 

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