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Michael Jackson à son procès à Santa Maria en 2002

La malédiction Michael Jackson

3 min
À retrouver dans l'émission

Il est en effet très difficile de proposer quelque chose de différent, de novateur, et d’identitaire sur Michael Jackson.

Michael Jackson à son procès à Santa Maria en 2002
Michael Jackson à son procès à Santa Maria en 2002 Crédits : Pool - Getty

Mathilde ce sont aujourd’hui 10 ans de la mort de la Michael Jackson et vous avez une théorie à ce sujet…

Pour être exacte Guillaume, VOUS avez une théorie à ce sujet… Et comme la saison prochaine je vous proposerai chaque matin une théorie sur un phénomène lié à l’actualité culturelle, je commence aujourd’hui en vous en piquant une ! On pourrait l’appeler doctement « le syndrome Michael Jackson dans les émissions culturelles » ou encore, plus racoleur et taillé pour le click, « La malédiction Michael Jackson ». 

De quoi s’agit-il ? Chacun aura pu remarquer que les émissions culturelles peinent à trouver une place pérenne à la télévision. Rien que cette saison au moins trois rendez-vous s’arrêtent : « Stupéfiant » sur France 2, « Entrée libre » sur France 5 et « Ça balance à Paris » sur Paris Première. Les émissions dédiées à la culture sont en général prises entre des objectifs d’audiences surélevés par rapport au public qu’elles peuvent toucher et des diffuseurs obsédés par l’idée que la culture fait peur. Parlez de culture, mais ne prononcez par le mot je vous en conjure… Comme si soudainement les spectateurs allaient détaler comme un troupeau de bisons.

Dans ce contexte, et pour échapper à cette règle d’airain, il arrive toujours un moment où, pour ouvrir au plus fédérateur l’idée d’une spéciale Michael Jackson s’impose. C’est là où j’en viens à notre théorie : la malédiction Michael Jackson.

Déjà qu’il est difficile de se distinguer dans l’offre culturelle télévisée, les invités et les sujets circulant d’un plateau à l’autre, un thème comme Michael Jackson mettra le plus souvent le programme qui s’en empare dans une position à la fois critique et symptomatique. 

C’est potentiellement un point de non distinction absolu, et un révélateur d’épuisement créatif. Il est en effet très difficile de proposer quelque chose de différent, de novateur, et d’identitaire sur Michael Jackson. Qu’on tente de faire de la culture savante sur  le « moon walk » avec un chorégraphe contemporain, du récit mythologique sur l’idole, de la radiographie d’influences, de la métaphysique des tubes ou de la polémique sur les accusations de pédophilie, l’espace pour formuler une proposition qui se distingue des autres et de tout ce qui a été fait sur le King of Pop reste très restreint. Et ceci expliquant cela, les audiences, ne sont pas forcément au rendez-vous.

Car faut-il le rappeler : l’équation icône pop pole position sur le marché armée de fans = jackpot Médiamétrie, demeure toute à fait aléatoire. Tout dépend au fond du traitement bien sûr, mais aussi de la biodiversité culturelle qui entoure le programme. Si une émission comme « Stupéfiant » s’arrête ce n’est pas tant parce qu’elle a proposé une spéciale Michael Jackson mais parce que ce genre de spéciale arrive toujours dans un contexte de fébrilité. Elle est souvent le signe qu’on est parti chercher l’audience avec les dents.

Vous me direz, une spéciale Michael Jackson pourquoi pas ? Même si c’est risqué. Cela permettrait peut-être d’attirer un nouveau public. En ce sens l’exposition Michael Jackson au Grand Palais aura réussi cette année puisqu’elle a comptabilisé un nombre important de primo-visiteurs (31% contre 19% en moyenne). Mais pour revenir au cas des émissions cultuelles, le pari d’une spéciale MJ reste jouable à condition qu’une spéciale Jean Starobinsky soit possible aussi ! Vous me suivez ?

C’est le deuxième élément de cette théorie. La perte d’identité et le symptôme d’épuisement créatif se confirme si après une spéciale Michael Jackson, un des plus grands critiques littéraires meure et que personne ne pensent qu’il est nécessaire de s’en saisir. Cela veut dire qu’on aura paradoxalement ouvert et restreint la notion culture. 

Pour la première du Grand Echiquier en 1972 Jacques Chancel livrait cet antidote à la malédiction Michael Jackson : «nous souhaitons offrir au public non ce qu'il aime mais ce qu'il pourrait aimer ».

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